Pour sauver l’économie, la solution pourrait être… de confiner!

Le Fonds monétaire international affirme qu’un confinement, s’il est assez dur, peut être un remède plus efficace que destructeur pour l’économie. Même si cette stratégie fera grincer des dents.

@BelgaImage

C’est véritablement un pavé dans la marre qu’a jeté le Fonds monétaire international (FMI) en ce mois d’octobre. Alors que l’épidémie de coronavirus reprend de plus belle en Europe, voilà que la clé de voûte des institutions économiques mondiales édicte qu’un confinement dur n’est, somme toute, pas si catastrophique, comme le montre sa récente étude. Une position à contre-courant de nombreux pays européens qui tentent de confiner le moins possible.

Frapper fort mais bien

Pour arriver à cette conclusion, le FMI a comparé les effets économiques induits par les mesures sanitaires à travers le monde. Le premier constat n’est guère étonnant: à court-terme, un confinement est un cataclysme pour l’économie. Presque tous les secteurs sont paralysés et plus les mesures sont implacables, plus le taux de croissance du PIB chute.

En revanche, ce qui est intéressant, c’est que le FMI a calculé qu’avec un confinement dur, les perspectives s’éclaircissent à moyen terme. Un lockdown total est un outil indéniable contre le coronavirus et cela n’est pas sans quelques avantages. En ce sens, la Chine n’y a pas été de mainmorte avec des mesures extrêmement contraignantes. Mais les résultats sont là: du moins officiellement, le problème du Covid-19 est réglé, ce qui permet à l’économie de repartir. En Europe par contre, que l’on soit dans le cas des pays pro-confinement comme l’Italie ou de ceux anti-mesures comme la Suède, le virus finit toujours par continuer de circuler et l’économie continue d’en souffrir avec des taux de croissance négatifs.

Le risque d’un cercle vicieux qui n’en finit pas

Pour comprendre comment la persistance du coronavirus affecte l’économie européenne, il faut regarder à ce qui se passe concrètement au niveau des comportements individuels. Il a souvent été question de «vivre avec le virus» mais selon le FMI, c’est une équation difficile à réaliser. Tant que le Covid-19 est là, il y aura probablement des rebonds et cela suscite de la peur. Conséquence: une restriction volontaire des déplacements, une désertion des commerces, etc. Le FMI arrive même à la conclusion que ces confinements volontaires ont à moyen terme un effet encore plus délétère sur l’économie qu’un confinement général.

Autrement dit, tant que les États ne frappent pas fort, les personnes moins respectueuses des mesures continueront de faire peser la menace de l’épidémie, au risque de d’entraîner un cercle vicieux. Au contraire, un confinement est certes ravageur mais de courte durée. S’il permet d’annihiler la circulation du virus, la reprise sera rapide et efficace, voire capable de compenser les pertes subies. A noter que cette conclusion du FMI ne prend en compte que les coûts économiques. L’institution met en garde contre les coûts sociaux qui sont ici écartés pour des raisons de méthodologie.

«C’est comme dans une guerre: à un moment, il faut accepter de souffrir»

Ce positionnement du FMI est en tout cas révélateur d’un changement de position chez les économistes. Comme l’explique Lionel Artige, macroéconomiste à l’HEC Liège, l’ambiance en mai-juin était que le combat contre le coronavirus était gagné et que l’on pouvait revivre comme avant. Mais avec la reprise épidémique, il y a eu une prise de conscience. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, vivre normalement relève de l’utopie. Pour lui, c’est désormais clair: sans confinement brutal et étanchéité des frontières, l’Europe ne pourra pas redémarrer comme le fait la Chine aujourd’hui.

«Maintenant, il ne faut pas oublier que les Européens sont attachés à la circulation des personnes et des biens», note Lionel Artige. «L’Europe a une économie très ouverte et le tourisme peut jouer un grand rôle dans certains pays. Il est clair qu’adopter le modèle chinois supposerait que certains secteurs soient sacrifiés pendant un certain temps. Cela fait vivre énormément de personnes et ce serait une décision difficile. Mais tant que le virus circule, l’économie en pâtit. C’est comme dans une guerre : à un moment, il faut accepter qu’on va souffrir. Il va falloir choisir si on veut faire le nécessaire pour avoir une vie normale ou pas. Cela dit, je suis bien d’accord: la Chine est une dictature qui a des moyens de coercition que l’Europe n’a pas. Mais étanchéifier les frontières, c’est tout à fait possible de le faire».

Europe et reconfinement: un calcul difficile à appliquer

Il remarque toutefois que tous les pays ne sont pas sur le même pied d’égalité sur cette question des frontières. Des États insulaires comme la Nouvelle-Zélande ont peuvent beaucoup plus facilement contrôler l’entrée du virus sur leurs territoires. La Belgique et d’autres pays européens sont au contraire extrêmement connectés à leurs voisins. Problème supplémentaire pour que l’Europe adopte un confinement dur: «cela reviendrait à faire accepter aux pays du Sud de sacrifier leur tourisme, qui compte pour beaucoup dans leurs économies, et de les aider en conséquence», remarque Lionel Artige. Et enfin, il faut prendre en compte les coûts sociaux que le FMI laisse de côté, notamment vis-à-vis des jeunes. Car un confinement dur exigerait de fermer écoles et universités. «On remarque que l’épidémie a vraiment repris chez nous avec la rentrée scolaire. Si le rebond a eu du retard en Italie, c’est parce que cette rentrée a été postposée. Mais maintenant que les élèves sont de retour, cela reprend comme ailleurs», ajoute Lionel Artige.

Ce dernier avoue pour finir que tout cela ressemble à un casse-tête pour les politiques. «Je peux comprendre qu’en tant qu’homme politique, il soit compliqué d’annoncer ces mesures avec ces conséquences», dit-il. Mais pour lui, c’est désormais clair: à moins qu’un vaccin efficace n’arrive, le choix est simple. Soit on adopte le modèle chinois en grignotant sur les fameuses libertés qui tiennent à cœur aux Européens, soit ceux-ci sont condamnés à voir leur économie péricliter.

Sur le même sujet
Plus d'actualité