Wikipedia et l’OMS s’associent pour lutter contre la pandémie de fake news

La pandémie actuelle a été un terreau fertile pour la propagation de la désinformation, des rumeurs et autres théories du complot. L'OMS veut contribuer à leur disparition en diffusant un maximum de ressources et médias fiables et libres d'accès, notamment grâce à Wikipédia.

Bientôt de tas de ressources de l'OMS en libre accès sur l'encyclopédie. ©Imago

Ces dernières années ont vu croitre sur Internet le phénomène des fake news, ces fausses informations ou articles de presse écrits et/ou partagés comme s’ils étaient véridiques. Rumeurs, propagande, complotisme… Il en existe de toutes sortes sur les réseaux sociaux. Parfois, la frontière entre vérité et mensonge est mince. Et certaines figures publiques contribuent à maintenir ce flou. Comme le président des Etats-Unis Donald Trump qui a l’habitude de crier à la fake news quand une information, pourtant vraie, va à l’encontre de ce qu’il pense ou veut faire croire aux Américains.

En 2020, tout le monde a pu le constater : la pandémie a contribué à la popularisation de ces fausses informations. Tout a été imaginé sur le Covid-19, son origine, les façons d’en être immunisé, d’en guérir…

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé, il est manifestement temps d’en finir au plus vite. Elle vient d’annoncer une collaboration avec la Fondation Wikimedia, qui est derrière le célèbre site Wikipédia.

Mais la Fondation est également à la base du site, un peu moins connu, Wikimédia Commons. Bien qu’il partage sa mise en page avec l’encyclopédie, son but est tout autre.

Sur Wikimedia Commons, on retrouve tout un tas de contenu libre de droit : photos, vidéos, sons, etc. La licence « Creative Commons » qui permet leur réutilisation et modification est souvent très simple. Parfois, il suffit de créditer l’auteur, d’ajouter un lien vers les détails de cette licence ou encore que votre version modifiée de ce contenu soit aussi libre de droit. Bref, une immense médiathèque dans laquelle tout le monde peut puiser, mais aussi contribuer.

C’est ce que va faire l’OMS en y ajoutant des images, graphiques, vidéos et autres éléments multimédias qu’elle produit. Du contenu « fiable sur la santé publique » qui permettra d’enrichir les pages Wikipédia qui concernent la pandémie actuelle, mais que chacun pourra donc utiliser. « Armés de ces nouvelles ressources sous licence libre, les plus de 250 000 éditeurs bénévoles de Wikipédia pourront également étoffer et étendre la couverture COVID-19 du site, qui propose actuellement plus de 5.200 articles liés au coronavirus dans 175 langues », précise l’OMS.

Une désinformation qui tue

En facilitant l’accès à ce contenu fiable, l’OMS cherche à lutter contre les fake news et éviter ce qu’elle appelle une « infodémie », « une surabondance d’informations et une diffusion rapide de nouvelles, d’images et de vidéos trompeuses ou inventées de toutes pièces ».

« On ne se bat pas que contre le virus », avait d’ailleurs déclaré son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus en août. « On se bat aussi contre les trolls et les conspirationnistes qui répandent la désinformation et sapent nos efforts pour répondre à l’épidémie. »

Il ne faut surtout pas sous-estimer l’impact de ces rumeurs et fausses informations. Elles ont déjà fait des victimes cette année. « Aux Etats-Unis, une personne est décédée après avoir ingéré un produit pour nettoyer les aquariums qui contenait de la chloroquine, après avoir lu que l’hydroxychloroquine était un remède potentiel, mais non vérifié, au Covid-19. En Iran, des centaines de personnes sont mortes après avoir bu de l’alcool de méthanol, qui, selon des messages sur les réseaux sociaux, aurait sauvé des malades du coronavirus », rappelle l’OMS.

Une source populaire

Si l’Organisation Mondiale de la Santé a choisi de travailler avec Wikipédia, ce n’est pas par hasard. L’encyclopédie est, sans surprise, une des destinations principales des internautes pour s’informer sur des sujets sanitaires.

« Des études ont montré que Wikipédia, qui compte parmi les dix sites les plus visités à l’échelle mondiale, est l’une des sources les plus fréquemment consultées pour des informations sur la santé », ajoute l’OMS. « En mettant à la disposition d’un plus grand nombre de personnes des informations vérifiées à propos de la pandémie sur l’une des sources de connaissances les plus visitées au monde, les deux organisations entendent contribuer à ralentir cette infodémie et à faire en sorte que tout le monde ait accès à des informations vitales sur la santé publique. »

Pour Katherine Maher, directrice exécutive de la Fondation Wikimedia, le combat contre la désinformation doit être entrepris par tout le monde. « Toutes les institutions, depuis les gouvernements jusqu’aux organismes internationaux de santé, en passant par les instances scientifiques et Wikipédia, doivent assumer le rôle qui est le leur pour veiller à ce que chacun ait un accès équitable et digne de confiance aux connaissances en matière de santé publique, quels que soient le lieu où l’on habite et la langue que l’on parle.»

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