A vot’ bon coeur

Entendons-nous bien: je ne voudrais pas minimiser la maestria avec laquelle Danneels et Léonard maîtrisent leurs rôles dans "Mon curé chez les députés", le nouveau film réalisé par la Commission parlementaire sur les abus sexuels. Dans le personnage de Godfried le Mollusque qui n'a rien-vu-rien-entendu-rien-fait pendant 30 ans, l'ex-primat de Belgique est magnifique.

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Entendons-nous bien: je ne voudrais pas minimiser la maestria avec laquelle Danneels et Léonard maîtrisent leurs rôles dans « Mon curé chez les députés », le nouveau film réalisé par la Commission parlementaire sur les abus sexuels. Dans le personnage de Godfried le Mollusque qui n’a rien-vu-rien-entendu-rien-fait pendant 30 ans, l’ex-primat de Belgique est magnifique. Et Léo Je-Me-La-Pète est prodigieux dans celui d’un Berlusconi en soutane. Mais à côté de ces méga-stars, on ne souligne pas assez les performances des seconds rôles de l’Eglise. Par exemple celle de l’évêque de Gand, Luc Van Looy. Ces derniers mois, confiait-il aux députés, il a reçu six nouvelles plaintes contre des curés pédophiles. Qu’est-ce qu’il en a fait? Rien. Face à la stupeur des parlementaires, la réplique de Lucky Luc touche au chef-d’œuvre neuneu: « Vous me demandez de les transmettre à la Justice? C’est une bonne suggestion… » Splendide. Mais son collègue liégeois, Aloys Jousten, a lui aussi parfaitement intégré le rôle de celui qui ne pige toujours pas les contours de la non-assistance à personne en danger. Question d’un député: et vous, si vous êtes informé d’abus sexuels commis par un religieux de votre diocèse de Liège, vous transmettez le dossier à la Justice? Jousten: oui, s’il y a « risque de récidive »… Donc un prêtre qui a déjà violé l’un ou l’autre gamin, c’est pas grave. Il le fera plus, promis. Parce que Joujou a une technique super-balèze pour détecter les risques de récidive. Juste avant de (re)passer à l’acte, les curés tripoteurs sont obligés de le prévenir: « Allô Aloys? Oui, dis, c’est le curé de Quinquempoix ici. Après le catéchisme, j’ai attiré un gamin dans mon presbytère et j’ai le kiki tout dur dans le pantalon. Tu penses qu’il y a risque de récidive de ma part? – Faut voir. Mais je préviens la Justice, pour être sûr. Allez, à plus! Et encore merci de m’avoir prévenu, hein dis… » Efficace. Dans ce bouquet d’éloges, je m’en voudrais d’oublier la prestation de Josef De Kesel, le nouvel évêque de Bruges, dans son rôle de Jojo le Fataliste. L’Eglise écarte les prêtres mariés mais maintient certains abuseurs sexuels en fonction?, lui demande-t-on. Réponse: « Je le constate… » Sobriété. Simplicité.

Le contraire de Sa Quasi-Sainteté Léonard. Si je puis me permettre, je trouve qu’il a un tantinet surjoué son sketch de la grande michepapoute entre pédophilie, intempéries, fécondation in vitro, épidémies et familles recomposées. Pour Léo Je-Me-La-Pète, les inondés de Tubize et les abusés sexuels, c’est kif-kif: des victimes. Et à ce propos, grande nouvelle: finalement, l’Eglise va indemniser les victimes de ses prêtres. Enfin, pas toute seule. Parce que, vous comprenez, les curés ne sont pas les seuls violeurs. Ça existe aussi dans le milieu sportif, éducatif ou médical. Et donc, pour Léo, « l’Eglise catholique pourrait, librement, participer avec tous les autres milieux de la société à la constitution d’un fonds de solidarité » pour les victimes d’abus sexuels. Si le Royal Football Club Jandrenouille, l’Amicale des Joyeux Oncologues de l’UCL et l’Ecole communale de Macapette-sur-Sambre participent à cette grande chaîne de solidarité, l’Eglise s’y joindra donc très volontiers. Et pourquoi pas un Téléthon ou un Cap 48 qui aiderait l’Eglise à indemniser les enfants violés par ses curés? On l’appellerait Cap 69.

v.peiffer@telemoustique.be

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