Taxez-moi! (Un tout petit peu)

Quel con, ce Warren Buffett! Pourtant, c’était mon idole. Avec son fonds d'investissement "Berkshire Hathaway", il était devenu le plus riche du monde! Ou quasi.

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Et donc pour nous, les méga-thunés, Warren était une sorte de gourou, notre pape du placement, notre Benoît 16 de la finance. Oui, parce que moi aussi je suis riche à mort. Je ne sais plus quoi en faire de mon pognon. Vous en voulez? (Je rigole.)

C’est normal que mes comptes épargne débordent de partout: depuis les années 90, j’ai courageusement spéculé sur du vent, avec l’aimable collaboration de mes amis les banquiers. Et puis le système s’est viandé la tronche, les Etats ont dû sauver les banques et qui c’est qui raque, maintenant? Le contribuable. Donc vous, les pauvres.

Moi? Ça va pas mal: j’ai perdu quelques petits millions en 2008, mais c’est cacahuète à côté des mégatonnes d’euros que j’ai empilées avant, tout ça en ne payant que des broutilles d’impôts. En gros, je suis un peu comme les dix familles les plus riches de Belgique: en dix ans, malgré la crise, elles ont multiplié leur fortune par six!

Donc, c’est cool. Sauf que là, qu’est-ce qu’il me fait, Warren? Pour réduire le giga-déficit budgétaire des USA, pépé propose qu’on augmente les impôts des ultra-pétés de broques! Et pas un peu: jusqu’à 30 % de plus! "Pendant que de nombreux Américains luttent pour joindre les deux bouts, nous les méga-riches continuons de bénéficier d'exemptions fiscales extraordinaires." Et Buffett, 81 ans, d’expliquer qu’il verse 17 % d’impôts sur ses revenus alors que ses petits employés crachent jusqu’à 40 %.

Du coup, le vieux en appelle au gouvernement américain: "Taxez-moi davantage!" Et ce qui est gênant, c’est qu’il précise que "ça ne nuira pas du tout aux investissements, donc à l’emploi". Quand je pense que nous, les culs dans le caviar, on a expliqué pendant des décennies aux politiques que si on imposait davantage les riches, ça nuirait gravement au dynamisme économique. Et ils l’ont cru!

Bref, à cause de Papy Buffett, nous les riches européens, on a été un peu obligés d’embrayer. Sinon, ça allait se voir qu’on profite. Mais on l’a joué futé. Par exemple, en France, on a demandé au P.D.G. de l’agence de pub Publicis, Maurice Lévy (salaire mensuel: 300.000 europatates!), de faire une jolie déclaration comme Warren.

Ou presque: "Nous aussi, les grands patrons français, on veut davantage contribuer à l’effort. De manière raisonnable". Traduction du message au gouvernement Sarkozy: d’accord pour être taxé une brindille de plus sur nos revenus déclarés, mais pas touche à toutes les "niches fiscales" qui nous permettent de déclarer un minimum de revenus. Vendu? Vendu! Les blindés français verseront donc un impôt exceptionnel de 3 %, ce qui fait 200 millions en tout. Mais ils auront aussi une ch’tite ristourne de l’impôt sur la fortune, pour… 2 milliards. Bel effort.

En Belgique, on est encore plus malins, nous les riches: on se tait. Des fois que certains découvriraient qu’on vit vraiment dans un paradis fiscal pour pétés de fric: pas d’impôt sur la fortune et des revenus déclarés tellement bas qu’Albert Frère paie moins d’impôts que sa femme de ménage! N’empêche, quel vieux con, ce Warren! Il a failli me mettre sur la paille. Je rigoooole!

vincent.peiffer@moustique.be

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