Standard & Poor’s & Elio 1

C’est d’un pratique, ces agences de notation! Vous avez un pays qui est dans le méga-popo, sans gouvernement depuis 531 jours et sans budget pour 2012? Fastoche: Standard & Poor’s dégrade sa notation, et hop!, c’est réglé.

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Donc moi je dis: ces marchés financiers qui décident de tout, ça c’est de la gouvernance! D’ailleurs, pourquoi ne pas continuer d’utiliser ce bel outil démocratique? Elio va devoir diriger une coalition faite de bric socialiste et de broc ultra-libéral. On voit ça d’ici: ça va chipoter des plombes pour décider du taux de sucre dans le Chokotoff ou de la dimension idéale du nain de jardin campinois.

Dans un souci d’efficacité, je préconise donc l’installation d’une succursale Standard & Poor’s au 17 rue de la Loi. Pour faire passer un truc, il suffira donc à Elio de traverser la rue et d’aller demander une bonne petite menace de dégradation.

J’entends vos objections: hé là, vu que ces financiers sont aussi doués pour le social que Jean-Luc Dehaene pour la gestion bancaire, ça va nous faire une politique d’ultra-droite, ça! Pas du tout. Rappelez-vous 2008. Les agences de notation n’avaient rien vu venir: subprimes, edge funds pourraves et autres bidouillages, tout était cool dans les banques.

Donc, ou bien leurs experts étaient très cons, ou bien il y avait autre chose. Bête question: qui payait les agences? Bête réponse: les banques! Et comme dit ma Tante Josette, tu ne craches pas dans la marmite qui te nourrit. Donc total, c’est simple: si tu paies les agences de notation, elles te content fleurette.

Elio peut donc gaiement traverser la rue de la Loi: "B’jour Monsieur Standard & Poor’s! Oui, c’est Elio, votre voisin d’en face, au 16. Bon alors, vu que je suis un peu ric-rac sur mes 11 milliards d’économies, j’aimerais quand même bien taxer les grosses bagnoles de société et mettre un impôt sur les mégafortunes. Mais Alexander, y veut pas. Et Charly P’tit Louis me les casse avec son Walter le Libraire qui veut rouler en C5 pour aller de sa maison à son magasin. Donc, combien vous prenez pour me faire une menace de dégradation de la note de la Belgique si on ne taxe pas les gros cubes de société avec aussi un impôt pour mégathunés? 50.000, ça ira? Vous dites? 70.000 et deux entrées à Walibi? Gourmand, va! Allez, tope-là! Mais attention, vous ne dégradez pas pour du vrai, hein! C’est juste pour que les Bleus fassent dans leur froc."

Elio retraverse donc gaiement la rue de la Loi et convoque un kern: z’avez vu, la Bleusaille? À cause de vous, on va encore être dégradé! – Ouïe-ouïe, dis, Elio! Finalement, c’est vrai qu’à la réflexion, ta taxe sur les C5 et ton impôt sur les pétés de thunes, c’est pas si con…

Dans quelques mois, étant donné les excellentes relations de travail établies au sein du gouvernement Standard & Poor’s & Elio 1, le Premier ministre va même pouvoir réemprunter pas cher: "Salut, M’sieur S&P, c’est encore moi. Dis, faudrait me refaire grimper la notation de la Belgique de AA à AAAAA+++++, avec un taux d’emprunt genre à 0,01 %. Je sais, je sais, c’est plus cher! Mais qu’est-ce que tu dis de 500.000 patates avec un abonnement à Bobbejaanland et une bouffe avec Julie Taton? Aaah, je vois que ton œil pétille! Vendu?" Vendu.

vincent.peiffer@moustique.be

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