Simon Liberati: « C’est comme quand Delarue s’est fait prendre »

Conversation avec un romancier qui aime les actrices perdues de vue et les accidents de la route.

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Simon Liberati, avec votre livre Jayne Mansfield 1967, vous avez sauvé les prix littéraires, qui étaient particulièrement emmerdants cette année…
(Rire.) Merci.

Vous avez obtenu le prix Fémina avec ce portrait de l’actrice des années 50-60, Jayne Mansfield, pin-up pour routiers. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette star dont le culte est éteint?
J’ai eu un coup de foudre quand j’avais 17 ans, en 1977, pour un livre de Kenneth Anger, Hollywood Babylon, sur la couverture duquel on voyait Jayne Mansfield. J’ai appris qu’elle était morte dans un tragique accident de voiture, et comme les accidents de voiture m’ont toujours beaucoup intéressé…

Mais Jayne Mansfield, c’est quand même une sous-Marilyn, non?
Oui, tout à fait. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle a été lancée par la Fox qui s’occupait aussi de Marilyn Monroe. Ils ont lancé Jayne pour déséquilibrer Marilyn qui faisait beaucoup de caprices, mais Jayne était vraiment un ersatz de Marilyn.

Et plus personne ne connaît Jayne Mansfield parce qu’elle n’a jamais tourné dans un seul bon film…
C’est vrai, elle n’était pas une très grande comédienne. Il y a des biographes qui essaient de nous faire croire qu’elle était Sarah Bernhardt, alors que non… Elle a fait un seul bon film: La blonde et moi de Frank Tashlin qui était un très grand réalisateur qui a tourné les premiers Jerry Lewis qui sont excellents.

Vous avez écrit sur Jayne Mansfield, Lydie Salvayre sur Jimi Hendrix, Jean Rolin sur Britney Spears… Pourquoi les romanciers aiment-ils les people?
Parce que les gens s’ennuient dans les romans. On ne s’intéresse plus aux personnages dans les fictions. Moi-même, j’ai du mal à me souvenir des noms de mes personnages et à raconter mes histoires, j’ai l’impression que ça emmerde tout le monde. C’est comme quelqu’un qui vous raconte ses rêves, c’est pas drôle… C’est plus intéressant de prendre des objets de consommation de masse comme Jayne Mansfield et d’en faire un personnage…

Vous-même, vous êtes un people devenu un personnage de roman: vous êtes dans le livre de Frédéric Beigbeder, Un roman français
Oui, c’est vrai. Il me doit un Renaudot.

Dans Un roman français, Beigbeder se fait choper par les flics en train de sniffer de la coke sur un capot de voiture… Et avec qui il sniffe de la coke sur un capot de voiture?
Avec moi! Enfin, c’est moi mais il en a fait un personnage anarchiste qui dit des trucs invraisemblables aux policiers alors que moi, j’ai le plus grand respect des forces de l’ordre. Surtout dans ce genre de situation… Mais c’est vrai qu’on a eu une garde à vue qui était assez longue…

Le procureur qui vous met en taule était très remonté…
Il voulait faire un exemple, surout qu’à cette époque, il y avait une campagne de prévention contre la cocaïne. C’était l’occasion de choper un nom. C’est comme quand Delarue s’est fait prendre, on en a beaucoup parlé, mais c’était avec une quantité plus grande que la nôtre…

Le nom, c’était Beigbeder. Vous, on ne savait pas qui vous étiez…
J’étais resté dans le plus sombre anonymat et j’en étais ravi, ne serait-ce que pour mes parents. Il y en avait d’autres qui étaient là, mais qui sont partis à temps et on ne les a pas cités… Mais c’était une belle brochette!

D’autres? Qui? Des noms!
Ah non! (Rire.)

Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati, Grasset, 197 p.

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