Saint Bart n’a pas aimé

Devinette… Qui a dit ceci? "Plus aucun chien ne les croit!" Et aussi ça: "Ils sont vomis mais personne n'ose le dire à voix haute!"

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Non, ce n’est pas Anders Breivik, parlant de la gauche norvégienne. Un indice? C’est un personnage politique. Ah non, raté, ce n’est pas Berlusconi. Ça aurait pu, mais non. Marine Le Pen ou un nouvel élu néonazi du Parlement grec? C’est vrai qu’on dirait de la logorrhée d’extrême droite. Mais non.

Un deuxième indice? Il est flamand. Non, ce n’est pas un leader du Belang. Un dernier indice? Il vient de perdre 45 kilos. Ouiiii, gagné: c’est Bart De Wever!

Et de qui parle-t-il avec une telle délicatesse, Monsieur-je-dis-tout-haut-ce-que-tout-le-monde-pense-tout-bas? Des médias. Bart ne nous aime plus du tout. Je l’écris au présent parce qu’avant, il adorait. Ce qui est assez normal: début 2009, c’est un média – la VRT et son jeu télé De slimste mens ter wereld – qui a fait de BDW un personnage ultra-populaire en Flandre.

C’est ainsi que débuta une passion aveugle entre Bart et la presse, où le nouveau Bekende Vlaming n°1 adopta toutes les positions du Kâma Sûtra médiatique: Bart va à la mer, Bart raconte des blagues, Bart mange des gaufres, Bart fait du latin, Bart pleure sur le cercueil de sa jolie copine xénophobe Marie-Rose Morel, Bart se gratte le nez, Bart refait l’histoire de la collaboration, Bart fait un régime, Bart fait du jogging…

Tout ce que disait ou faisait Meneer N-VA dans les médias était orgasmique. Ils s’aimaient tellement que Bart finit par les pénétrer, ces médias, en devenant chroniqueur au journal De Standaard. Sans heurter aucune déontologie…

Ici, je parle évidemment des vrais médias: les flamands. Parce que les autres, ces crottés de médias francophones, ont rapidement développé une sale manie: pointer les incohérences de saint Bart, ses mensonges et ses manipulations, relever ses tentations extrême droitières, son simplisme populiste et son autoritarisme politique.

Une manie qui, chez ce grand démocrate, provoqua une obligation de boycott très officiel de certains de nos médias (comme la RTBF et Le Soir) et une ignorance quasi totale de tous les autres. Un sacrifice très relatif pour saint Bart, son électorat ne consommant pas les médias francophones. Seulement voilà, petit à petit, assez récemment, ses amis les vrais médias de Flandre se mirent eux aussi à (se) poser quelques questions.

Genre: tiens, pourquoi donc la N-VA accueille-t-elle à bras ouverts des charrettes d’élus et de militants déserteurs d’un Vlaams Belang en déconfiture? C’est quand même bizarre, ces racistes pure Flandre qui, rien qu’en se ralliant à Bartje chéri, deviennent subitement de braves démocrates tolérants. A moins, évidemment, qu’entre la N-VA et le Belang, la frontière soit plus ténue qu’imaginé… Bart n’a pas aimé.

Ce qu’il a encore moins apprécié, c’est que ses amis les médias flamands enquêtent sur le candidat bourgmestre N-VA de Bruges, Pol Van Den Driessche, et découvre que ce transfuge du CD&V est une espèce de DSK des polders. Plouf!, la mairie de Bruges. Les médias, TOUS les médias, même les vrais de Flandre, sont donc désormais "vomis". Et d’ailleurs, précise Bart, ils "vous suivent littéralement jusqu’aux toilettes". Il est vrai qu’à force de fréquenter les chiottes de la démocratie…

vincent.peiffer@moustique.be

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