Qu’est-ce qu’on a bien ri!

Sous ses airs de type qui plomberait une ambiance de Gay Pride, Wouter Beke est assez farce, finalement.

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En tout cas, moi, j’ai adoré son sketch du busé qui fait celui qui veut la grande dis’. "Hein oui, M’sieur Albert, que j’ai super bien bossé pour mon interro de Choseur royal? – C’est ça, élève Bêêkes, vous me copierez cent fois: ce n’est pas parce qu’on pond un rapport de 800 pages qu’on n’est pas un gros bullard! Même Tante Fabi, dont la finesse politique consiste à trouver que Joëlle Milquet a bien fait d’épouser le prince William, même elle a compris que le blocage politique était total!"

La marque des grands rigolos, c’est d’utiliser toute la palette des ressorts comiques. Pour ce faire, Gagman Wouter a d’abord utilisé la fanfaronnade: "Nous avons élaboré un cadre qui donne aux négociations une nouvelle chance!" Très drôle, quand on sait qu’après onze mois de palabres, on ne sait toujours pas qui va négocier. Virevoltant, Wouter est ensuite passé à l’humour noir: "Nous avons maintenant une base solide qui permettra d’aboutir".

On n’a pas l’ombre d’un poil de quéquette d’acarien de rapprochement Nord-Sud et Bêêkes parle d’aboutir! Grinçant. Cruel. Superbe. Petite parenthèse critique, toutefois: on pourrait soupçonner Wouter de plagiat. Juste avant lui,Didjé "The Brain" Reynders avait déjà conclu sa mission de Machineur royal par son désormais célèbre: "Il y a une volonté de négocier". Le mec plus ultra de la politique avait accompli un travail forcément admirable, et 'y avait plus qu’à. Déjà. Bêêkes serait-il donc un vil plagiaire? Pas du tout! En imitant le Grand Schtroumpf, il nous montre une autre facette de son immense talent comique: l’humour de répétition. Le "running gag" à l’américaine.

Mais où le petit Wouter a proprement surclassé le Grand Bleu, c’est dans la chute de son sketch: "Pour conclure, je veux indiquer que nous avons dix semaines avant le début des vacances parlementaires d’été". Wouter sait lire un calendrier! Perso, c’est ce qui me fait le plus rire: le non-sens à l’anglaise.

Il aurait pu terminer par une sentence bêtement absurde: "Pour conclure, je veux indiquer que ma bagnole a besoin d’un car-wash". Non, il choisit le non-sens qui fait mal: le temps passe, rien ne se passe, et on est bientôt en congés payés… Admirable. Pour que tout soit parfait, il manquait encore la touche de provocation à la française. Là, Wouter Bêêkes a pu compter sur une prestigieuse guest-star du CD&V.

Je vous demande d’applaudir le grand, l’unique Stefaaaaaan De Clerck! Dans une interview pleine de bonhomie dont il a le secret, le ministre de la Justice a rejoint les fascistes du Vlaams Belang, désireux d’amnistier les collaborateurs flamands de la Seconde Guerre mondiale: "A un certain moment, il faut être adulte. Et être prêt à oublier". Etre adulte, c’est donc oublier que certains ont aidé les nazis à en exterminer d’autres: décidément trop drôle. Donc voilà, ron ron petit patapon, la Belgique est toujours dans le méga-popo. Mais grâce à Wouter et à Stefaan, qu’est-ce qu’on a bien ri!
vincent.peiffer@moustique.be

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