Que du beau monde: Bienvenue chez nous!

Je sais que je réagis avec un peu de retard. Mais c’est par lassitude. Après tout, on le connaît, Geert Bourgeois: le garçon n’a jamais été très farce.

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Et c’est un ministre N-VA. Il n’est donc pas d’extrême droite, non non, mais disons qu’il a certaines pulsions. Quand le ministre flamand des Affaires intérieures sort son "kit de départ" pour candidats immigrés en Flandre, on n’est donc pas ultra-étonné que la brochure s’intitule "Migreren naar Vlaanderen": migrer en Flandre.

Pas "vivre" ou "habiter" en Flandre, ce serait trop convivial. "Migrer" c’est mieux: on te précise tout de suite que tu seras un "immigré" (et que tu le resteras). Mais surtout, on n’est pas étonné du contenu et du ton – on va dire condescendant – qu’utilise Geert Bourgeois quand il prodigue ses consignes de "savoir-venir-vivre" en Flandre et de savoir tout bien faire comme un bon Flamand.

Quelques exemples? "Les citoyens flamands sont ponctuels: 9 heures, c’est neuf heures."Ou: "Gardez votre rue propre. Sortez vos poubelles."Ou: "Il est très important que vous recherchiez du travail."Ou: "Celui qui travaille paie des impôts. C’est obligatoire." Ou: "Il est interdit de faire du mal, physique ou psychologique, à quelqu’un, ainsi qu’à votre épouse ou à vos enfants."

Donc bref, voilà: toi le sauvage qui vis dans l’insouciance et dans la crasse, qui n’as pas l’habitude de travailler, ou alors au noir, qui aimes bien agresser les autres et qui bats très certainement ta femme et tes enfants, bienvenue en Flandre! Nous les francophones, on connaît ce ton: c’est généralement comme ça que la N-VA s’adresse à nous. Rien que du très classique. D’où ma lassitude et mon absence de réaction.

Mais, soudain, je me suis souvenu que j’avais quelques amis en Flandre. Et je me suis inquiété pour eux. Surtout en lisant d’autres instructions prodiguées dans le fascicule du ministre N-VA. "Les Flamands ne vivent pas en rue. Ils vivent surtout dans leur maison."Ou: "Les Flamands apprécient le repos. Après 22 heures, on ne fait plus de bruit."Ou: "Les gens ne s’invitent pas les uns chez les autres n’importe comment. Au préalable, ils se fixent rendez-vous." Ou: "Le temps est imprévisible en Belgique. Il faut toujours emporter un parapluie et une petite laine."

Donc bref, voilà: toi le sauvage, si tu aimes vivre dans l’espace public, avoir une vie sociale spontanée, t’amuser sans trop regarder l’heure, voir tes amis à l’improviste, il vaut mieux que tu ne vives pas en Flandre, où la météo est pourrie, de toute manière. Ailleurs, peut-être. Mais pas en Flandre, non. Ça ne va pas aller.

En tout cas pas dans cette Flandre selon Geert Bourgeois. Et donc je me mets réellement à paniquer pour mes amis flamands. Parce qu’elle arrive, cette Flandre-là! Dans les derniers sondages, la N-VA et le Vlaams Belang ont pour la première fois passé la barre fatidique des 50 % d’intentions de vote. Et les prochaines élections fédérales, c’est en juin 2014.

Mais ne vous inquiétez pas, mes amis flamands qui ne voulez pas de cette Flandre à la sauce Bourgeois. Vous pouvez venir habiter chez nous, vos sauvages les plus proches. Chez nous, on adore causer en rue avec ses voisins. Parfois, entre amis, on improvise des trucs, juste pour le plaisir! Et on va même se coucher après 22 heures! Bienvenue chez nous!

vincent.peiffer@moustique.be

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