Philippe Besson: Quand j’entends ça, je pleure dans la minute qui suit

Dix ans après la parution de son premier roman, il en a imaginé la suite, Retour parmi les hommes.

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Dix ans après la parution de son premier roman, il en a imaginé la suite, Retour parmi les hommes.

Ecrire la suite de votre premier roman – En l’absence des hommes – c’est une façon très personnelle de vous souhaiter bon anniversaire…
Philippe Besson. – (Rire.) Oui, en tout cas, c’est une façon de me souvenir qu’il y a dix ans, j’entrais en littérature et que le temps est passé très vite.

C’est aussi pour copier Bret Easton Ellis qui, lui aussi, avant vous, a publié la suite de son premier roman, Moins que zéro
Bien sûr, tout le monde sait que c’est mon maître! (Rire.) Sauf que lui, il a mis vingt-cinq ans à l’écrire. Il a un peu traîné en chemin…

Ecrire la suite de votre premier roman prouve votre manque d’inspiration…
Au contraire! Ce premier roman – En l’absence des hommes – était, d’une certaine manière, inachevé. Je n’avais pas fini de raconter cette histoire. Et puis, j’avais envie de retrouver cet état de virginité que j’ai évidemment perdu depuis…

Etat de virginité perdu depuis… Je confirme.
(Rire.) Vous avez des informations sur ce sujet, sans doute…

Dans la première histoire, votre héros rencontrait Marcel Proust. Cette fois, il croise Raymond Radiguet, l’auteur du Diable au corps. Vous êtes fan?
J’ai été frappé par la puissance du Diable au corps qui a été écrit par un jeune homme de 18 ans et fasciné par sa vie de météorite, celle du wonderboy de la littérature des années folles du côté de Montparnasse.

C’est un garçon que Karl Lagerfeld aurait adoré…
Oui, je pense qu’il aurait pu le faire défiler.

Vous êtes un peu le contraire de Raymond Radiguet. Lui, deux livres pour toute sa vie. Vous, un livre par an depuis dix ans…
(Rire.) Oui, Radiguet a eu cette chance inouïe de mourir de la fièvre typhoïde à 20 ans, moi non. La mort ne m’a pas encore cueilli, mais j’ai bon espoir…

Quelle est la chose d’aujourd’hui qu’on aurait mieux fait de ne pas inventer?
Loana. La téléréalité et la vulgarité absolue de ces gens qui croient que le vide complet de leur existence peut intéresser qui que ce soit.

Quelle est la chose qu’on n’a pas encore inventée mais qu’on ferait mieux d’inventer?
Un truc pour pas être triste… Un truc pour ralentir la chute dans la tristesse…

Mais Philippe, si on invente ça, vous n’écrirez plus de livres…
J’écrirai des livres drôles! J’arrêterai d’embêter tout le monde avec le deuil, la morsure du manque, l’absence. J’écrirai des livres où les gens se marient, ont des enfants et baguenaudent dans les champs.

Et ont un chien…
Et peut-être même deux!

Y a-t-il une chanson de votre adolescence qui vous bouleverse encore aujourd’hui?
Oui, All by myself. Quand j’entends ça, je pleure dans la minute qui suit. La version originale d’Eric Carmen, pas celle de Céline Dion.

Votre métier de romancier vous aide-t-il à mieux mentir dans la vie?
Dans la vie, je ne mens que sur des détails, pour m’amuser. Je ne mens pas sur l’essentiel. J’essaie d’être honnête, mais je ne peux pas m’empêcher de glisser, de temps en temps, dans une conversation, des choses parfaitement inventées.

Vous comprenez pourquoi personne ne veut rester avec vous plus de six mois…
(Rire.) Au bout d’un moment, les gens se doutent que je raconte n’importe quoi et ils s’en vont. Et je me demande si, au fond, je ne fais pas ça pour qu’ils s’en aillent…

Du coup, ça nous fait un livre supplémentaire…
Hé oui!

C’est une sorte de business sentimental dans lequel vous êtes passé maître…
Voilà. C’est une affaire qui fonctionne bien, finalement…

« Retour parmi les hommes »

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