Philippe Besson: " Frédéric Beigbeder, c’est la substance du rien "

Il publie un nouveau roman. Bien sûr. Sinon il ne serait pas là à essayer de le vendre.

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Au dos de votre dernier roman – Une bonne raison de se tuer – on peut lire ce résumé: "Je n'ai pas eu le choix, pardon". C'est avec ça que vous comptez vendre des livres?
Je suis assez fier d'avoir placé cette phrase qui n'est pas une incitation à acheter le livre. De temps en temps, il faut faire des choix radicaux, j'assume.

Si vous aviez précisé que c'était un livre sur le suicide inspiré par Cesare Pavese et Ettore Scola, vous auriez fait fuir le client…
Non, parce que avec ces références, les gens auraient pu se raccrocher à quelque chose…

La chose la plus dingue vécue avec un fan?
Le passage brutal de l'admiration à la haine. Je me souviens de quelqu'un qui m'envoyait des lettres, très belles – et c'était difficile de répondre tout le temps, j'ai espacé mes réponses et puis voilà… J'ai reçu une lettre d'amour déçu, il a basculé du côté de la récrimination et du reproche teinté de haine.

Le livre que vous auriez aimé écrire?
Mes parents d'Hervé Guibert.

Le livre que vous n'auriez pas aimé écrire?
Il y en a beaucoup… Je ne sais pas…

Juste un. Faites-moi plaisir…
Un roman français de Frédéric Beigbeder, c'est la substance du rien, accablant de nullité. Un type qui se fait choper en train de prendre de la coke sur un capot de bagnole, c'est tellement années 80.

Vous dites ça parce qu'il ne vous aime pas…
Il n'aime pas ma littérature, je n'aime pas la sienne et jusque-là j'admettais qu'elle correspondait à quelque chose mais là, avec Un roman français, on est dans le sommet de l'imposture et du n'importe quoi.

Vous confondez l'homme avec son livre…
Dans ce livre-là, je peux difficilement distinguer la personne du livre puisqu'il y raconte sa vie. Au fond, j'ai parfois du mal avec les gens qui racontent leur vie dans les livres, c'est de la paresse.

En même temps, c'est le jeu parisien. Les écrivains aiment se tirer dans les pattes, se moquer les uns des autres…
Non. C'est le monde littéraire parisien qui est fait de chapelles, de réseaux, de familles, de mafias. C'est simplement ça…

C'est une tradition du salon à Paris, tous les écrivains sont des langues de putes…
Pas tous… En même temps, c'est vrai que le plus grand des méchants c'était Proust, mais il faisait ça très bien. Je n'ai pas de problème avec les gens qui disent du mal mais il faut le faire bien.

Que savez-vous faire de vos mains?
Rien.

Vos mains ne servent à rien!
C'est terrifiant. J'adorerais, mais je ne sais pas cuisiner, je ne sais pas bricoler, je ne sais rien réparer. Rien.

Une bonne raison de se tuer
Julliard, 321 p.

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