Pardon, M’sieur Van der Kelen!

On est mercredi: ça nous fait 255 jours sans gouvernement, record irakien archi-battu. Mais relax. Comme je dis toujours: les chiffres, c'est fait pour être relativisé. Par exemple, à Gand, les étudiants étaient 10.000 pour la "Révolution de la Frite".

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On est mercredi: ça nous fait 255 jours sans gouvernement, record irakien archi-battu. Mais relax. Comme je dis toujours: les chiffres, c’est fait pour être relativisé. Par exemple, à Gand, les étudiants étaient 10.000 pour la « Révolution de la Frite ».

Avec, message 1: on-a-gagné, on-a-gagné! Message 2: chouette, les regards du monde sont tournés vers la Belgique! Message 3: guindaille! Dans d’autres villes, les students avaient un message politique: beurk au nationalisme. Ils étaient dans les 5.000 en tout… Contre 1.135.617 électeurs flamands qui ont voté N-VA. Donc, on relativise.

D’ailleurs, c’est quoi, 255 jours, comparé à d’autres drames? Aujourd’hui, ça fait 9 jours que le prince Laurent est privé de permis de conduire (pour excès de vitesse). Comment il a fait, mon Lolo, pour faire son job de « rehausseur de sa présence » au souper bolo de l’Amicale des Toutous à Mémère? Neuf jours, dans ce cas-ci, c’est déjà interminable. Et c’est quoi, 255 jours, à côté de l’Italie? J’ai compté: ça leur fait 3.006 jours avec Berlusconi comme chef du gouvernement.

3.006 jours que Silvio se bidouille des immunités pénales et des prescriptions pour ses affaires de corruption, de faux bilan, de subornation de témoin, de fraude fiscale et d’abus de confiance (entre autres). 3.006 jours que les Italiens voient Berlu se faire lifter les peaux, s’implanter des touffes sur le caillou et butiner des péripatéticiennes. Et c’est quoi, 255 jours, à côté de ce que vivent les Français? Depuis mai 2007, ça leur fait 1.407 jours que Michèle Alliot-Marie, touriste tunisienne, est ministre de Sarkozy. De quoi on se plaint?

Cela fait aussi 10 jours que la presse flamande donne des leçons aux médias francophones. A ce qui paraît, on n’a pas bien couvert les funérailles de Marie-Rose Morel. On aurait dû être plus cajoleurs avec l’ex-députée Vlaams Belang décédée d’un cancer à 38 ans. Surtout la RTBF, qui a rappelé, par exemple, que Marie-Rose « était une xénophobe pure et dure ».

Il fallait l’oublier! D’après Luc Van der Kelen, l’éditorialiste du Laatste Nieuws, c’est même « un scandale absolu » et c’est « écœurant ». Moi, en plus, j’ai raconté sur le plateau de Revu et corrigé que « le décès d’une personne qui propage la haine depuis dix ans me laisse absolument froid ». Pardon, M’sieur Van der Kelen! Je l’ferai plus.

Et je sais ce qu’on aurait dû faire, nous les médias francophones. Depuis une vingtaine d’années, on aurait dû inviter nos racistes à des interviews, à des débats ou même à des émissions de divertissement, pour les rendre sympas. Comme en Flandre. Et si une Miss Wallonie était devenue députée d’extrême droite (Morel était Miss Flandre), on aurait dû en faire une WC (Wallonne connue). Comme vous avez transformé Marie-Rose en BV (Bekende Vlaaming). Comme vous, on aurait fait des photos un peu sexy.

Ça vend bien. Après, si elle avait chopé un cancer, on lui aurait consacré un feuilleton hebdomadaire avec plein de photos touchantes (comme vous l’avez fait au Laatste Nieuws et à la VRT), pour montrer comment elle est admirable face à la maladie, la jolie xénophobe. Ça vend encore plus, ça. Et à sa mort, on aurait donc logiquement pleuré très fort notre chère disparue raciste. Dites, M’sieur Van der Kelen, si jamais vous confiez une chronique d’éthique sportive à Lance Armstrong, vous me prévenez?
v.peiffer@telemoustique.be

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