On n’est pas en Italie

Avouez. Si, si! Comme moi, vous l’avez pensé très fort ce week-end, en apprenant la nouvelle: mais ils sont définitivement c…, ces Italiens!

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Attention, pas tous. Trois quarts d’entre eux ne veulent pas du retour de Berlusconi. Mais un quart, oui! 15 millions d’Italiens sur 60 millions! Disons 10 millions en âge de voter. 10 millions de personnes, en Italie, pensent que le come-back de ce… comment dire?

J’hésite… Bonimenteur? Escroc? Mafieux? Mégalomaniaque? Démago? Baraki de luxe? Tout ça à la fois? Disons bouffon (merci Isabelle Durant). 10 millions d’Italiens estiment donc que le retour du Bouffon sur la scène politique (?) n’est pas dérangeant pour l’Italie. Je répète: 10 millions!

Et parmi eux, la moitié est prête à voter Berlu au prochain scrutin! 5 millions d’Italiens pensent donc encore que le Bouffon dispose d’une potion magique ou d’un joujou extra capable de sauver l’Italie. J’ai un peu de mal, mais passons même sur le défilé des berlusconneries.

Sur les soirées bunga-bunga. Sur cette obsession pathétique à vouloir passer pour un champion intergalactique de la bite en platine. Sur cette frénésie à se faire tirer les peaux, jusqu’à afficher une tête de sphincter. Passons même (difficilement) sur sa phénoménale batterie de casseroles judiciaires et sur ses délires paranoïaques de victime pourchassée par une justice "communiste".

Oublions (très difficilement) tout ça. Pour ne retenir qu’un petit détail de taille: l’Italie vient de passer quinze ans à avaler la potion tragique du berlusconisme, ce qui a mis le pays sur sa caisse. Et 5 millions d’Italiens en redemandent une lampée. Reviens, Berlu! À 76 ans. C’est juste atterrant.

 

Surtout pour nous, Belges, qui sommes électoralement si responsables, n’est pas? Avec, il est vrai, quelques petites exceptions.

Un exemple? Durant trente ans – pas quinze, trente ans! -, Van Cau & Co. ont fait de Charleroi ce qu’elle est: un désastre urbain. Le père enfin écarté, que fait le Belge? Il élit l’héritier déjà inculpé, mais pas grave: tu seras échevin, mon gamin, en souvenir de papa.

Autre exemple belge? La Flandre se jette goulûment, à l’aveugle, dans les bras d’un seul homme, Bart De Wever, qui n’a encore strictement rien réalisé. Un peu à l’italienne, en somme. Ah, l’électeur! Heureusement que tout n’est pas aussi foufou qu’en politique. Dans les hautes sphères économiques, là au moins on a le sens des responsabilités. C’est normal: dans le privé, on rend des comptes. Un exemple? Lippens, Votron, Mittler, Verwilst et Dierckx, bref tous les plus hauts dirigeants belges de l’ex-Fortis sont inculpés pour avoir, en gros, caché une série d’infos aux actionnaires lors du rachat (un tout petit peu risqué) de la banque néerlandaise ABN-Amro.

Mais pas d’inquiétude: ça devrait bien se passer. Tellement bien que le monde de la finance belge se dit "très serein" face à ces broutilles judiciaires. Pour vous dire, Herman Verwilst est aujourd’hui président de la banque flamande Optima, qui lui a réitéré "toute sa confiance". Et Filip Dierckx est carrément l’actuel vice-président du comité de direction de BNP Paribas Fortis, qui vient aussi de confirmer "toute sa confiance envers Filip Dierckx", qui est aussi président de Febelfin, donc patron des patrons des banques belges. C’est dire si on peut être rassuré: on n’est pas en Italie…

vincent.peiffer@moustique

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