Moi, banquier?

Vendredi soir à Malonne, la bêtise avait une fois de plus rendez-vous avec le voyeurisme, la mauvaise foi et le ridicule.

660633

Une conclusion s’impose donc: la seule chose intelligente de la soirée était le téléphone. Ce qui est logique puisqu’il s’agissait d’un "smartphone", et que "smart" signifie "intelligent". D’où un profond regret: ah, si le "téléphone intelligent" avait pu exister à l’époque où Maurice Lippens était à la tête de Fortis!

En effet, si un smartphone est capable d’appeler une journaliste de sa propre initiative, je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas les aptitudes nécessaires pour aider dans sa tâche le président inapte du Conseil d’administration de la première banque belge. Si le téléphone intelligent avait existé, peut-être que nous, contribuables, n’en serions pas là, à devoir cracher des milliards et des milliards que nous n’avons plus, puisqu’ils ont déjà été injectés dans le sauvetage de Fortis (et de Dexia-Belfius, et de KBC…).

Attention, je ne porte aucun jugement sur ce brave homme. Je ne fais que relater ce que Maurice Lippens a dit (de) lui-même, lors de l’enquête pénale visant à faire la lumière sur les agissements de Fortis lors du rachat suicidaire de la banque néerlandaise ABN Amro. L’ex-président du CA rejette toute la faute de la débâcle sur l’ex-CEO Jean-Paul Votron et la haute direction de Fortis. Lui, y pouvait pas savoir.

Pour preuve de sa bonne foi, Momo indique ceci: "Je n’ai jamais été banquier". Et aussi ceci: "J’avais une compréhension de ces matières relativement superficielle". Vous voyez, c’est trop bête: un smartphone aurait certainement pu alerter Monsieur Lippens des décisions folles furieuses qu’il s’apprêtait à faire entériner (en toute ignorance) par le CA de Fortis.

D’ailleurs, chacun son tour: moi aussi je revendique la présidence du Conseil d’administration d’une grande banque belge. J’en ai toutes les qualités. Un: moi non plus je n’ai jamais été banquier. Deux: ma compréhension des matières banquières et financières est encore plus superficielle que celle de Maurice Lippens.

Je sais à peine la différence entre un compte courant et un compte épargne, et ne me parlez pas de branche 21 ou de branche 23, ça me donne mal à la tête. Trois: je suis tout à fait apte à apposer ma belle signature au bas de documents dont j’ignore la teneur et les conséquences, comme par exemple ceux qui donnent le feu vert à la direction pour effectuer des placements ultra-risqués ou pour lancer une OPA foireuse sur une autre banque, ceci avec l’argent des épargnants.

Je me sens donc très capable de laisser faire les "vrais" banquiers, pour peu évidemment que mes jetons de présence s’élèvent à quelques centaines de milliers d’euros par an. J’ajoute que j’ai une qualité de plus que Maurice Lippens: aujourd’hui, le smartphone existe.

J’accepte donc d’en acheter un (aux frais de la banque), de le laisser tomber par terre à chaque conseil d’administration que je présiderai, de ne pas le ramasser, ceci afin que ledit téléphone intelligent passe un coup de fil à la presse spécialisée, qui pourra alerter l’opinion publique de ma totale incompétence.

On pourra ensuite me virer, ce qui ne me fera ni chaud ni froid puisque – cela va sans dire – un joli parachute doré de quelques millions d’euros m’aura été réservé. Et je garderai le smartphone.

vincent.peiffer@moustique.be

Sur le même sujet
Plus d'actualité