Les nouveaux philanthropes

Qu’est-ce qu’on raconte!? Mais non, que Bernard Arnault ne veut pas la nationalité belge pour éluder la fiscalité française sur les grandes fortunes! 

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La preuve, il l’a dit: "Je suis et je reste fiscalement domicilié en France et je remplirai, comme tous les Français, toutes mes obligations fiscales". Vous voyez comme on peut être bêtement suspicieux! Le patron du groupe de luxe LVMH paiera très volontiers ses 75 % d’impôts, c’est-à-dire dans son cas quelques centaines de millions d’euros par an. En bon citoyen partageur. Ça aussi, la première fortune de France l’a dit dans un remarquable élan solidaire: "La France doit compter sur la contribution de chacun pour faire face à une crise économique profonde".

Ce que les gens ne veulent pas comprendre, c’est que la quatrième fortune mondiale (41 milliards de dollars!) veut juste nous aider. Oui, nous. Il l’a dit: s’il devient belge, c’est pour faciliter la réalisation "d’investissements sensibles" en Belgique.

La bizarrerie, c’est qu’aucun investissement dans notre économie ne nécessite l’obtention de la nationalité belge. Si le milliardaire français veut acquérir le Monde Sauvage d’Aywaille, qu’il soit français, belge, malgache ou péruvien, il lui suffit de payer. Mais ce sera plus sympa avec une carte d’identité belge dans la poche. Une délicate attention, si on veut.

Mais peut-être que ce n’est pas ça du tout. Peut-être que Bernard Arnault se trouve tellement riche que c’en est devenu indécent. 41 milliards de dollars! Il faudra un jour m’expliquer comment c’est possible en restant honnête et soucieux de son prochain… Enfin bref, peut-être qu’il veut payer des impôts deux fois: en France et en Belgique. Comme ça, en proche voisin qui nous veut du bien (il est né à Roubaix).

Ou alors peut-être qu’il est subitement devenu philanthrope spécial Belgique. Si ça se trouve, c’est son grand ami Albert Frère qui l’en a convaincu. Après avoir longtemps pillé les finances publiques belges, le baron de Gerpinnes éprouve peut-être des remords. Et au crépuscule de sa vie, il veut rendre la pareille.

En faisant appel à son très riche ami: "Viens, Bernard, on a assez de milliards. On a mis trop de gens au chômage ou sur la paille avec nos spéculations. Moi, tu vois, en tant que premier actionnaire de Suez-Electrabel, je me dégoûte en leur faisant payer leur électricité et leur gaz à des prix de dingue. On doit se racheter auprès de la Belgique, Bernard. Ça te dirait qu’on éponge la dette de la Ville de Charleroi? Ou qu’on fasse construire des beaux bâtiments scolaires en Wallonie?"

Sinon, il reste une possibilité. Etant donné qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et que Bernard est un garçon très intelligent, il a donc souvent changé d’avis. Par exemple, à l’arrivée de Mitterrand en 1981, il a changé d’avis sur sa résidence: pendant trois ans, il a choisi un exil (fiscal) en devenant résident américain. Aujourd’hui, il veut rester contribuable français. Mais dans trois ou six mois? Etant donné que Bernard Arnault n’est pas un imbécile, il pourrait re-re-rechanger d’avis: "Ben non, tiens, à la réflexion, je vais payer mes impôts en Belgique. En plus, c’est pratique: j’ai déjà la nationalité belge…" Mais ça, je n’y crois pas. Ce ne serait pas fair-play.

vincent.peiffer@moustique.be

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