Le pouvoir des fleurs

Le problème, avec les amis, c’est qu’ils veulent trop bien faire. Prenez Sarkozy. En 2007, il promettait "une République irréprochable".

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Et donc: nettoyage de racaille au Kärcher et cadeaux fiscaux pour rapatrier les riches copains fraudeurs décampés en Suisse. Sinon, à part ça, diminution du nombre d’enseignants ou de policiers de proximité (et de tous ces fonctionnaires qui pompent inutilement les caisses de l’irréprochable République).

Résultat: banlieues enflammées, Français dans la rue et "casse-toi pauv’ con" quand ça rouscaille. Mais, malgré tout, on sent que Nico veut bien faire. D’ailleurs, il marie une impeccable mannequin-chanteuse rauque italienne. Donc voilà, tout va bien en Sarkozie. Jusqu’à ce que les amis trop zélés s’en mêlent.

En général, ces amis sont devenus ministres. Mais pas que: il y a aussi des amis industriels qui ont un yacht ou des amis procureurs ou des amis serviteurs de l’ombre. Pour faire plaisir à Little Big Man, certains amis tentent d’abord de pousser fiston Jean, 23 ans et pas un diplôme, à la tête d’un énorme machin-chose public parisien (l’EPAD): première grosse affaire à Sarkoland.

Mais attention! Papa Président n’y était pour rien. C’était la faute aux amis zélés. Le problème, avec les amis de Papa, c’est qu’ils ont mal compris le sens du qualificatif "irréprochable". Ils ont cru que la République devait être propre sur elle, chicos façon Neuilly-Courchevel. Or le grand chic, ça coûte de l’argent.

Donc l’ami Eric Woerth est allé voir Mammy L’Oréal qui n’a plus toute sa tête pour lui soutirer quelques millions de pépettes destinées aux bonnes œuvres de l’UMP. D’autres amis ont ramené des sacoches d’argent venues d’on ne sait où.

Vu que ça commençait à se savoir, un ami procureur a fait des écoutes téléphoniques sur des journalistes (la presse qui enquête, ce n’est pas chic). Le grand ami Hortefeux, pour la bonne bouche, a aussi lâché quelques propos racistes qui nettoient la crasse. Mais attention! Nico l’Irréprochable n’y était pour rien dans tout ça! La preuve, c’est qu’il a l’immunité présidentielle.

N’empêche qu’avec des amis ministres et un ami procureur inculpés, des brouettes de démissions et d’amis devenus ennemis, des affaires en charrette, un Sénat basculé à gauche, un Front national au top et un président à 70 % d’opinions défavorables, c’est tout de suite moins chic.

Même qu’à sept mois d’une (ré)élection, ça schlingue l’andouillette faisandée. Heureusement pour l’Irréprochable que la chanteuse rauque a pris les choses en main: "T’inquiète, Mamour, je vais t’arranger ça en donnant une belle interview à une copine. C’est moi qui ferai les questions. Tu sais, un peu comme DSK chez Claire Chazal. Et alors je dirai un truc à tomber raide dingue de toi. Genre qu’un jour t’as sauvé un poisson de la noyade ou je sais pas. Et grâce à moi, tu seras réélu!"

Carla chérie donne donc une interview à la BBC, avec Christine Ockrent dans le rôle de la passeuse de plats préparés. Et comment l’Irréprochable a-t-il bien pu vous séduire, demande-t-elle? La Rauque: "On marchait dans les jardins de l'Élysée, et il m'expliquait tout sur les tulipes et les roses. Je me disais: mon Dieu, il faut que j'épouse cet homme! Il connaît les appellations latines des fleurs. C'est incroyable!" Et incroyablement compliqué: pour tulipe, c’est tulipa et pour rose, c’est rosa. Il est fort, ce Sarko.

vincent.peiffer@moustique.be

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