Le Pen/FN & Associés

Mince, on en était si fiers! Les fils Michel, fils Lutgen, fils Tobback, fils De Croo, fils Mathot, fils Van Cau, fils Daerden, fils Clerfayt, fils De Clerck, etc. 

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La Belgique était championne olympique du népotisme politique. La France avait bien sa Martine Aubry, fille de Jacques Delors. Et Nicolas Sarkozy avait essayé d’installer son fils Jean, 21 ans, sans diplôme, à la tête de l’EPAD, la mégastructure publique qui gère le quartier parisien de la Défense.

Mais comme c’était un peu voyant quand même, le fiston ne sera finalement "que" vice-président UMP du Conseil régional des Hauts-de-Seine. Et donc nous, avec nos quatre "fils de" présidents de parti, nous restions largement champions du monde. Jusqu’à ce dimanche, où – il faut être sport – la France nous a surclassés.

Trois générations de Le Pen, c’est trop fort: Jean-Marie, père fondateur du Front national, président honoraire et toujours député européen (si si!); sa benjamine Marine, battue aux législatives (de 118 voix à Hénin-Beaumont) mais nouvelle présidente-égérie du FN (17,9 % et 6,4 millions de voix aux présidentielles!); et maintenant Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, étudiante en droit, petite-fille du patriarche, nièce de sa tante et députée du Vaucluse (alors qu’elle habite et étudie dans la région parisienne, mais bon).

Sans oublier Louis Aliot, candidat lui aussi malheureux à Toulouse, mais vice-président du FN et… compagnon de Marine Le Pen.

Continuons d’être fair-play: un tel succès népotique ne s’improvise pas. Le triomphe de l’entreprise familiale "Le Pen/FN" sur le marché politique est le fruit d’un long travail de fond.

Dans les années 90 déjà, papa plaça sa fille aînée, Marie-Caroline, ainsi que son mari, Philippe Olivier, en ordre utile afin qu’ils devinssent élus régionaux FN en Ile-de-France. Ce qu’ils furent. Mais toutes les success stories connaissent un douloureux épisode: en 98, Marie-Caro et Oli optent pour le "félon" sécessionniste du FN, Bruno Mégret.

Meurtri, le patriarche renie sa grande fifille. Aujourd’hui réconciliée avec Marine (mais pas son père), Caro retravaille pour l’entreprise familiale. Comme d’ailleurs son mari (devenu ex-mari, vous suivez?), qui est un des principaux conseillers de Marine.

Incongruité familiale: Yann Le Pen, troisième fille à son papa, ne sera jamais mandataire FN. Mais, mais! En 1993, elle épousa heureusement Samuel Maréchal, président des jeunes du Front national, qui sera lui aussi élu régional. Parents de Marion, Samuel et Yann divorceront en 2007. Et Samuel quitte l’entreprise.

Mais pas Yann, qui est "consultante" de Marine, et bien sûr de sa fille Marion. Donc résumons: un Le Pen président d’honneur à vie, une fille Le Pen présidente, un quasi-beau-fils vice-président, deux filles et un beau-fils employés de la boîte dirigée par la frangine, une petite-fille députée glamour…

L’actionnariat familial de la société "Le Pen/FN & Associés" est bien ficelé. Si j’étais Gilbert Collard, ex-avocat-vedette casse-bonbons et unique autre élu "national" du FN, je me dépêcherais d’épouser une Le Pen disponible.

Etre le seul non-Le Pen de la bande des vendeurs de haine, ce n’est pas bon… D’autant que la dynastie compte encore huit petits-enfants, que papy Le Pen serait si fier de voir intégrer l’entreprise politique familiale. Ça va frotter…

vincent.peiffer@moustique.be

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