Le jour où les connes voleront…

J’aime beaucoup l’affaire Depardieu. Surtout pour son côté didactique. On peaufine sa géographie. On découvre l’existence de contrées méconnues.

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Néchin, d’abord. Puis, grâce à Gérard, on sait maintenant que la Mordovie est une république de la Fédération de Russie. Capitale? Saransk.

On fait de l’histoire, aussi: cette agréable région abritait jadis les pires goulags soviétiques. Qui existent toujours. Mais ils ont heureusement été rebaptisés "camps de travail". Les féministes du désormais célèbre groupe punk Pussy Riot y séjournent d’ailleurs pour deux ans, condamnées pour "vandalisme" et "incitation à la haine religieuse" (elles avaient manifesté dans une église contre l’élection de Vladimir Poutine). Sympa, ce côté people de la Mordovie.

Grâce à Gégé, on apprend aussi ce qu’est une "grande démocratie" comme la Russie. C’est, par exemple, un pays où le président peut vous octroyer un passeport russe en deux jours chrono. Comme ça, juste parce qu’il a décidé que. Façon tsar. En Mordovie, si ça le chante, le président local peut même vous offrir une maison et le poste de ministre de la Culture alors que vous ne parlez pas le russe. La marque d’une "grande démocratie".

Au passage, Gérard nous réapprend également la politesse. Ainsi, quand il se rend en visite chez le despote ouzbek ou chez son ami le président tchétchène, Ramzan Kadirov, il n’oublie pas que la moindre des courtoisies consiste à s’exclamer devant les caméras de la télé locale: "Gloire à Kadirov! Gloire à la Tchétchénie forte!" Et c’est vrai qu’elle est forte, la Tchétchénie. Le régime de Kadirov – soutenu par le grand frère Poutine – pratique même très consciencieusement la répression et les assassinats d’opposants politiques, l’étouffement de la presse ainsi que la corruption généralisée, ceci bien entendu afin de contribuer efficacement à la "grande démocratie" qu’est la Fédération de Russie.

Autre avantage de "l’affaire Depardieu": la redécouverte d’un patrimoine culturel français certes passablement faisandé, mais réel.

Grâce à Gégé, les plus jeunes ont en effet pu découvrir Brigitte Bardot, qui menace elle aussi de demander la nationalité russe et affirme humblement vouloir léguer sont "statut d’icône" à la Russie si deux éléphants malades du zoo de Lyon sont euthanasiés.

Non, les Louloutes, ce n’est pas bien de dire: "Quoi!? Cette vieille tarée était une superstar du cinéma? Et Gainsbourg lui a écrit des chansons à cette secouée du cortex?" Ce n’est pas poli.

Il est vrai qu’à force de ne plus fréquenter que des animaux et des élus du Front national, retirée loin des humains dans sa villa de Saint-Tropez, BB a peut-être fini par mélanger ses nic-nac. Mais ce n’est pas une raison pour verser dans la grossièreté.

Donc, les Louloutes, si vous voulez dire que la dame a un peu viré zinzin, vous pourriez paraphraser un vrai grand monsieur du cinéma français, le dialoguiste Michel Audiard, comme ceci: "Le jour où les connes voleront, elle sera chef d’escadrille". C’est plus classe.

Et à propos de savoir-vivre, j’aimerais m’adresser ici aux responsables politiques français qui s’adonnent un peu facilement à l’insulte publique. Non, Monsieur Ayrault et Monsieur Cohn-Bendit, ce n’était pas complètement utile de qualifier Gégé de "minable" ou le duo Depardieu/Bardot de "crétins finis". On avait remarqué.

vincent.peiffer@moustique.be

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