La Révolution de Pissenlit

 Vous le humez, ce parfum de soulèvement citoyen? Vous le sentez, ce petit vent tunisien qui souffle sur nos terres? Le peuple belge se révolte! C'est notre Révolution de Jasmin à nous! Mais comme le jasmin pousse peu en Belgique, je propose la "Révolution de Pissenlit".

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Vous le humez, ce parfum de soulèvement citoyen? Vous le sentez, ce petit vent tunisien qui souffle sur nos terres? Le peuple belge se révolte! C’est notre Révolution de Jasmin à nous! Mais comme le jasmin pousse peu en Belgique, je propose la « Révolution de Pissenlit ».

Je sais, ça schlingue un peu le pipi, le pissenlit. Mais c’est joli, c’est bien de chez nous et c’est jaune: la seule couleur qui se retrouve à la fois sur les drapeaux wallon, flamand et bruxellois. Or donc, après sept mois de « oui mais » et de « non mais« , de « progrès de nain de jardin » et de « il faut rétablir la confiance », le Belge reprend le pouvoir! Grosses gueulantes sur YouTube, pétitions sur le Net, manif le 23 janvier: ça colère grave!

Et puis, il y a l’appel de Benoît Poelvoorde: tant qu’on n’a pas de gouvernement, on ne se rase plus! Ce qui s’accorde d’ailleurs fort bien avec mon pissenlit, qui fait des poils quand il fane. Mais j’ai deux remarques. Un: Poelvoorde est un vil plagiaire! Qui est l’inventeur de la protestation par pilosité, le véritable penseur de la révolte par la touffe? Non, l’ami Ben, ce n’est pas toi. C’est mon Philou d’amour. Dès le mois d’août dernier, pourquoi crois-tu que Philippe 1er bientôt roi des Belges se laissait pousser le pelage? Pour se donner une profondeur dont il dispose (hum) naturellement? Parce qu’il aime garder un morceau de camembert coincé dans la barbe, pour son 4 heures? Parce que Mathilde kiffe José Daras?

Pas du tout! En précurseur qu’il a toujours été, notre prince adulé lançait déjà un appel subliminal à la toison frondeuse. Et ça, c’est la marque des (futurs) grands monarques. Ceux qui dégagent un charisme puissant: Philou ne dit rien, il fait, et les Belges suivent.

 Enfin ça, c’est à voir. Parce que – deuxième remarque – je trouve l’idée du poil au menton assez discriminatoire. Toi, Benoît, tu es châtain blondin. Donc ton poil est parsemé. Moi, je suis marron tendance ébène poivre et sel. Donc le poil est fourni. Et vu qu’on n’est pas près d’en voir l’ombre de son ombre, à ce gouvernement, c’est vite vu: dans deux mois, j’ai la tronche d’un babouin et je chante du ZZ Top.

Alors que toi, au pire, t’as un look prépubère. Et puis zut-crotte, c’est toujours les mecs qui s’y collent! Elles font quoi, les filles? Elles arrêtent de s’épiler? Elles font la grève du rasage des aisselles? Ah ça, ils vont être très conscientisés, De Wever et les caniches du CD&V! En plein hiver, ils vont les voir comment, nos nanas à poils? A travers les pantalons et les pulls à col roulé? Elles pourraient au moins se teindre en jaune pissenlit. Ou se raser le caillou! Mathilde en crâne d’œuf et Miss Belgique avec une tête de peau de fesse, ça oui, ça aurait de l’impact! Si elles se rasent la boule, je veux bien faire mon Père Fouras.

Et j’ai déjà les slogans pour la manif de dimanche prochain: les garçons gueulent: « Une Belgique au poil!«  et les filles crient: « The chauve must go on!«  Cela dit, Ben, ce n’est pas gagné. As-tu vu ce micro-trottoir au JT, la semaine dernière dans une rue de Leuven? Une mevrouw était très fâchée: « Geen regering? Dat is een scandaaal!«  Et si jamais on retourne aux élections, vous votez quoi? « N-VA, natuurlijk!«  Tu sais quoi, Benoît? On n’est pas près de retâter du Gillette Fusion à 18 lames.

v.peiffer@telemoustique.be

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