La chronique de Vincent Peiffer: Prix Nobel 2013

Vous allez encore dire que je critique, mais si je comprends bien, de nos jours, il y a principalement deux techniques efficaces pour obtenir un prix Nobel de la paix. 

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La première: gagner une élection importante, n’avoir encore rien fait de son mandat, mais représenter un espoir après une période sombre. Et donc, en 2009, après huit années de crétineries bushistes, Barack Obama était à peine à la Maison Blanche qu’il se voyait décerner le premier prix Nobel "préventif" de la paix. Et ça, quand on y pense, c’est une excellente nouvelle pour Bart De Wever.

Le garçon a toutes ses chances pour le Nobel 2013. D’abord, il a déjà remporté deux élections méga-importantes: les fédérales 2010 et Anvers dimanche. Lui non plus n’a jamais rien géré, rien prouvé, mais les électeurs flamands y croient très, mais alors très, très fort.

De plus, il représente un double espoir: dès 2014, il se propose de sauver une Flandre oppressée depuis 180 ans par le joug francophone, tout en libérant cette même Flandre des griffes de la gauche crypto-écolo-marxiste, ceci au profit d’une bonne grosse droite-droite nationaliste vachement plus séante. Si ça ne vaut pas un Nobeleke préventif, je n’y connais rien.

Seconde technique pour les nobélisables: éviter les guerres. Perso, ça me semblait couler de source. Mais non, semble-t-il. Je reprends le communiqué du Comité Nobel: l’Union européenne obtient le prix Nobel de la paix 2012 parce qu’elle "contribue depuis plus de six décennies à promouvoir la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe".

Traduction: nous, les Européens, on a gagné le Nobel parce qu’on ne se fout plus sur la tronche depuis 67 ans. Sans vouloir gâcher le momentum, j’ai juste le vague souvenir d’une petite guéguerre qui nous a valu quelques épurations ethnoreligieuses, des massacres genre Srebrenica et, en tout, dans les 250.000 morts.

C’était entre 1991 et 2001, en Ex-Yougoslavie, à trois heures de Charleroi par Ryanair. Et il a fallu une vigoureuse intervention manu militari de l’Otan (donc, en gros, des Etats-Unis) pour que des Européens arrêtent de s’étriper.

Mais allez, on disait que tout ça n’était qu’un dernier petit accroc. Et que si nos amis serbes, bosniaques et croates sont aujourd’hui entrés dans le cercle vertueux des Européens, c’est justement grâce à l’UE. Donc mes plus sincères félicitations à nous tous.

Ça me fait d’ailleurs penser que Bart De Wever a une raison supplémentaire de revendiquer le Nobel 2013: sauf erreur, il n’a jamais fait la guerre à personne. Il a véhiculé des charrettes de mensonges et de raccourcis, il a recyclé des brouettes de racistes du Vlaams Belang en honorables N-Véistes, mais question violence physique, il est clean. Tous les espoirs sont permis.

Ce qui me chipote un peu, avec ces Nobel, c’est surtout que je suis inquiet. Je veux dire: pour l’Humanité.

Si on distingue Obama ou l’Union européenne aujourd’hui, la Fifa ou Bart De Wever demain, c’est donc qu’on ne trouve personne d’autre?

Parmi les 7 milliards de Terriens et de Terriennes, il n’y a plus un seul remarquable défenseur des droits humains au Mali, un prisonnier politique iranien admirable, plus une seule dame épatante en Afghanistan qui risque sa vie tous les jours pour donner cours à des petites filles?

vincent.peiffer@moustique.be

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