Il y a euro et euro

Il faut reconnaître ses erreurs. Ça grandit l’homme. Donc, mea-culpa: je me suis trompé. Gros crétin, je pensais qu’un euro, ça valait bêtement un euro. Pour tout le monde. Erreur!

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Et donc, un grand merci à Charles Michel d’avoir fait preuve de pédagogie à l’occasion du débat sur l’impôt sur la fortune, que certains veulent instaurer chez nous, question que les turbo-thunés contribuent plus justement à l’effort de crise. Pour commencer, Charly nous a rassurés sur ses intentions: "Je n’ai aucun tabou idéologique". Quand ça commence comme ça, normalement, il y a toujours un "mais" juste derrière.

Comme, par exemple, quand Mononc’ Roger, au bout de son cinquième Orval, se lance dans une discussion humaniste: "Je ne suis pas raciste, MAIS… les Congolais gnagnagna et les Marocains n’en parlons pas!" Ici, comme il s’agit quand même du brillant Charles Michel, ayons confiance en ce garçon qui n’a "aucun tabou idéologique, MAIS…" pour qui l’impôt sur la fortune "ne résiste pas 30 secondes à l’analyse". Ça sert à rien. Prenons Gérard Van Broebel, qui dispose de 5 millions sur son compte épargne (+ quelques biens immobiliers). Vous lui mettez une taxe sur la fortune, disons de 1 %, soit une contribution de 50.000 €.

Restent donc 4.950.000 €, que M’sieur Van Broebel placera gentiment à du 4 %, ce qui lui fera encore 5.148.000 € à la fin de l’année. Eh bien ça, "ça ne résiste pas 30 secondes à l’analyse", pour le brillant Charly. Ça ne marche pas. En revanche, sucer un millier d’euros de plus au budget ménager annuel d’une instit’ divorcée qui gagne 1.600 € par mois et qui vit avec sa fille dans un 60 m2 à 700 € hors charges (dont le propriétaire est Monsieur Van Broebel), ça oui, ça marche super bien pour combler les trous budgétaires de l’Etat. Pour une simple raison: il y a euro et euro.

D’un côté, vous avez le vrai euro, celui du biesse citoyen. De l’autre, vous avez l’euro du méga-blindé, qui ne fonctionne que pour acheter plein de trucs, mais pas pour la justice fiscale. Pour ça, plus t’en as, moins ça vaut. Donc, autant ne pas les demander aux riches. C’est pour ça qu’on permet à Lakshmi Mittal (4e fortune mondiale: 45 milliards $) de ne verser que 496 € d’impôts par an en Belgique.

C’est parce que les euros-Mittal, ce ne sont pas des vrais bons euros (de pauvres). Ça vaut que dalle. Tandis que les euros-Josette, qui vit avec 1.000 € de pension, ça oui, ça vaut. Et puis, attention, souligne Melchior Wathelet (autre pédagogue), si la Belgique instaure une taxe des méga-friqués, c’est dangereux.

Parce que ces gens-là, Monsieur, quand tu leur dis des mots comme "solidarité" ou "contribution proportionnelle" (même si ça ne change rien à leur train de vie), ils les prennent comme des gros mots. Alors ils sont très fâchés. Et donc Charly et Melchior, ils disent que les pétés de millions fâchés vont fuir à l’étranger (avec leur capital). Ce serait embêtant. Sauf que la fuite des capitaux, c’est faux. En France, moins de 1 % des SDF (Sans difficultés financières) soumis à l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune) ont pris la poudre d’escarpolette.

Et dans un pays communiste comme la Suisse, personne n’a constaté d’exode massif d’Helvètes dû à la taxe sur la fortune. Et puis, peut-être pourrait-on les empêcher de fuiter, les capitaux. Quand on veut, on peut, hein, Charly? Surtout quand n’a pas de tabou idéologique…
vincent.peiffer@moustique.be

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