Herman le toursiveux

Prenez Mitt Romney. Lui, c’est un garçon limpide: nous (les USA) sommes une Nation anoblie par Dieu,Dieu a créé les Etats-Unis pour qu’ils dominent le monde, les Palestiniens ne veulent pas la paix avec Israël, les électeurs d’Obama sont tous des assistés…

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Il y a une logique dans tout ça, une constante: Mitt Romney est con. Mais pas Herman Van Rompuy! D’abord, contrairement à Romney qui n’est que candidat (et le restera, sinon je m’exile sur Saturne), Herman est déjà président du Conseil européen (c’est-à-dire organisateur en chef des sommets dînatoires pour chefs de gouvernement de l’UE). Ensuite, notre super-traiteur européen dont nous sommes si fiers fut longtemps ministre, brièvement Premier ministre, sans compter qu’il sera un jour champion du monde de haïkus. Herman est donc très intelligent.

Mais Herman n’aurait-il quand même pas deux petits nic-nac qui connectent mal? Oh un détail! Mais j’y reviens parce que je suis étonné que personne, ou presque, n’ait relevé l’affaire, il est vrai devenue banale en Belgique: Herman, sur son petit vélo, a encore participé au Gordel. Vous me direz qu’Elio le Bisexué a subitement décrété qu’il s’agissait d’une manifestation "familiale et sportive". Mais on n’est pas obligé de tout avaler, dans la vie. Au Gordel 2012, suite à la scission de BHV (sa raison d’être historique), ils n’étaient plus que 30.000 joyeux pédaleurs (contre 80.000 avant). Les inflexibles.

Ceux qui veulent encore supprimer les facilités accordées aux (80 % de) francophones des communes de la ceinture bruxelloise. Et, au beau milieu des héros de la N-VA, des nigauds racistes du Belang, des crétins hurlants du Voorpost ou du TAK, bref de cette extrême droite nationaliste plus ou moins fascisante, il y avait le bon Herman.

Il est vrai qu’il est de Rhode-Saint-Genèse, une de ces communes à facilités où les francophones ont tant brutalisé la langue, le territoire, voire l’âme flamande. Et, justement, à Rhodes, il y a aussi Geertrui Van Rompuy. Et que fait-elle, Madame épouse Herman? De la politique.

Pour les communales, elle est même n°1 de l’unique liste flamande, qui fait la part très belle aux candidats N-VA. Et Gertrude a trouvé pas mal de confier la deuxième place de sa liste à un certain Ludo De Becker, ex-Vlaams Belang qui se distingua par un slogan de son cru invitant les "rats wallons à plier bagage" et publia la photo du roi Albert II grimé en Adolf Hitler.

Donc je résume… Le dimanche, Herman pédale gaiement en compagnie de la fine fleur du nationalisme flamand. A sa maison de Sint-Genesius-Rode, il ne voit point malice à ce que Geertrui soit électoralement secondée par un secoué d’extrême droite.

Mais le lundi, il endosse son costard de 1er Européen et s’en va incarner les valeurs de l’Union européenne, c’est-à-dire la solidarité entre Européens. Le contraire des nationalismes. Si je puis me permettre, Monsieur le Président-Traiteur, soutenir la flaminganterie à la maison et combattre le nationalisme au bureau, c’est comme l’humanisme et la charia, ou comme Bernard Arnault et la décence: ça ne va pas ensemble.

Européen dehors et nationaliste dedans, chez moi on appelle ça être toursiveu, quand on veut rester poli. Ou alors faux cul quand on veut être moins sympa. Mais peut-être qu’après tout, Dieu a créé la Flandre pour être une exception.

vincent.peiffer@moustique.be

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