File dans ta chambre!

Il était une fois un garçon, Wouter Beke, qui comprenait très très lentement. Le 13 juin 2010, le CD&V prenait une giga-rameling au profit de la N-VA.

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Arrivé à la tête de son parti, le petit Wouter lançait donc un nouveau projet politique: tout bien faire comme la N-VA. C’est quoi, ton programme, Wouter? "Fastoche: tu prends celui de la N-VA, tu cliques sur copier-coller et tu mets le logo du CD&V. Sauf que nous, attention, on n’est pas séparatistes! Enfin, pas ouvertement: on dit qu’on veut encore être avec les Wallons, mais on demande tout plein de trucs comme la N-VA, donc comme si on se séparait." Et t’es sûr que c’est la meilleure tactique, Wouter? Tu ne crois pas que ça va se voir, que vous êtes un peu hypocrites? "M’en fous! J’irai pas au gouvernement sans la N-VA!"

Pendant quatorze mois, Elio, Johan, Didjé et les autres machin-choseurs royaux tentent de lui expliquer: écoute, gamin, si Bart dit non à tout et que toi tu dis "oui mais non" à tout, ça revient au même, donc les Flamands préféreront la N-VA. "M’en fous!" Quatorze mois et 27 sondages plus tard, le CD&V flirte avec les scores de la Liste Dedecker. Et le roi se fâche: "Bordel, Wouter! Tu mettrais pas un cerveau, des fois?" Le président du CD&V crâne, mais comprend enfin: "Vous voulez qu’on vienne au gouvernement sans Bart? Fallait le dire tout de suite!" Et le CD&V se décide à entrer dans la (future) négo à huit. Sans Bart. C’est bien.

Sauf que le garçon fait encore parfois des crises de N-Véite aiguë. La semaine passée, au 422e jour de crise, Wouter fêtait l’anniversaire de ses 37 ans en s’offrant un petit plaisir: "Un accord sur BHV reste LA priorité du CD&V! BHV d'abord, le budget et le socio-économique ensuite!" C’est un peu fatigant, mais je vais essayer…

Bon, alors, Wouter, est-ce que tu as entendu parler des déficits publics des États, des agences de notation, de la crise de la dette de la Grèce, du Portugal, de l’Italie ou des États-Unis qui affolent les marchés financiers et menacent de tout foutre en l’air? Je sais, c’est con: aujourd’hui, les marchés décident de tout. Mais c’est comme ça. Il y a comme qui dirait le feu au lac financier mondial. Et il y a méga-urgence à calmer les types et les gonzesses des Bourses. Et comment on fait? Non, Wouter, on ne fait pas un accord sur BHV! Le Johnny de chez Standard & Poors ou la Madame Chen qui bosse à la Bourse de Shanghai, ils s’en chtouillent complet de ton BHV et de ta circulaire Peeters.

La Flandre, ils pensent que c’est une danse folklorique et BHV un groupe de rap. Donc, tu piges? Ce qu’ils veulent, les marchés, ce sont des États qui s’occupent de leur dette, donc qui font un budget pour 2012 et qui réorganisent leur économie. Et vite! Tu comprends, Wouter, dans la vie, il y a des priorités absolues.

C’est un peu comme en Syrie: quand un char de Bachar el-Assad déboule dans une rue, les manifestants se préoccupent assez peu de savoir si leur brushing est bien en place. Parce qu’il y a urgence! Donc voilà, Wouter, t’as bien tout noté? On fait d’abord un budget et du socio-éco. Après, si ça t’amuse, tu joueras à BHV. Et maintenant, file dans ta chambre!
vincent.peiffer@moustique.be

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