Elections com-mu-nales!

Ça faisait longtemps: deux ans et quatre mois sans élections, en Belgique, et on perd ses repères. Ça marche comment encore, pour dimanche? 

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Ah oui, cette fois, on élit le conseil communal de son bled, et donc son bourgmestre et ses échevins. C’est bien: enfin la pure proximité, du pratico-pratique. Ce sont les élections com-mu-nales. O.K.? Les élections com-mu-nales!

Si je répète, c’est pour me recaler. Oui, parce que comme tout le monde, j’ai bien vu ma boîte aux lettres exploser de tracts avec des slogans-jeux de mots à deux balles. J’ai même vu qu’à Lobbes, un candidat socialiste portait le patronyme de Luc Anus.

C’est pas de cul (jeu de mots à deux balles). Mais à part ça, je m’emmêle un peu question enjeux communaux. Si j’ai bien perçu l’affaire, le super-méga-enjeu pour ma commune, et aussi pour Sinsin, Péruwelz ou Ramillies, c’est: Bart De Wever va-t-il devenir bourgmestre d’Anvers? Sous-enjeu ultra-top-essentiel pour ma commune: combien de villes flamandes vont basculer côté N-VA?

Et donc, par effet domino, le trio VLD-CD&V-SP.A va-t-il se prendre la tatouille du millénaire en 2014, laissant les manettes de la Flandre à la seule N-VA, qui s’empressera comme promis d’exploser la Belgique?

J’exagère. Il y un deuxième gros enjeu super-banco de proximité pour ma commune: est-ce que, oui ou non, le gouvernement fédéral est marxiste? Si on en croit une bande de patrons flamands visiblement très entichés de Bart De Wever, ça ne fait pas un pli: le gouvernement n’est pas assez flamand de droite, d’ailleurs les socialos francophones en sont et – pire – Di Rupo est Premier ministre, donc on est à deux doigts de la Corée du Nord: "Le gouvernement mène une politique marxiste!"Variante:"Nous devenons une société néocommuniste!"

Oui, oui, ils parlent bien de la même Belgique, la nouvelle patrie de Bernard Arnault, le pays où les 500 multinationales qui font le plus de bénéfices ont payé une moyenne de 5,44 % d’impôts de société (et où l’entreprise d’un de ces patrons hurleurs a bénéficié d’un taux d’imposition de 0,016 %), le pays où Albert Frère paie moins d’impôts sur la personne physique que sa femme d’ouvrage.

Heureusement, côté francophone surtout, il y avait un autre enjeu: la sécurité. Le grand Schtroumpf à lunettes en a même fait son thème de campagne communal unique. Parce que vous comprenez, dans sa commune de Wavre et dans le Brabant wallon en général, Charles Michel doit déplorer une montée en flèche des grossièretés sexistes, des SDF torchés pullulent à Rixensart, des ados de 14 ans pètent et rotent dans les rues de Waterloo, les junkies sont partout à Lasne, sans parler de la menace salafiste sur Jodoigne.

L’insécurité est partout. A tel point qu’au PS d’Elio, pardon de Thierry Giet, on a vite-vite réagi en faisant de la sécurité une "priorité absolue". Et qu’au CDH de Joëlle Milquet, pardon de Benoît Lutgen, heureusement qu’on a une ministre de l’Intérieur qui adopte un beau chapelet de mesures anti-incivilités inapplicables.

Et sinon, pour avoir une place de parking le soir, pour la propreté des rues de ma commune, pour la gestion des espaces verts, pour le ramassage des ordures, on fait quoi? Ça dépend d’Anvers? Peut-être du gouvernement marxiste ou pas? Ou alors de la sécurité de Walter le Libraire?

vincent.peiffer@moustique.be

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