Do it yourself

Je vous refais le pitch: la Fédé Wallonie-Bruxelles doit raboter son budget comme tout le monde. Donc la Culture aussi.

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Et dans la Culture, les "Arts de la scène" (théâtre, danse, musique moderne) doivent faire ceinture pour un million d’euros en tout. Tout le monde suit? Bon. Là-dedans, il y a le secteur du théâtre, qui doit compresser ses subventions de 1,3 % (535.000 € sur le million).

Voilà: c’est la crise, Fadila Laanan n’y peut rien. Comme la ministre de la Culture n’est pas une fille compliquée, elle décide de faire simple. Très simple. Elle prend un budget du théâtre – celui du "CAPT" (Conseil de l’aide aux projets théâtraux) – et lui fait porter le plus gros des économies: pouf, -45 %! L’aide aux nouveaux projets théâtraux passe donc de 1,2 million à 700.000 euros par an. Voilà, c’est pesé. Fadila a tranché dans le "facultatif", qu’elle a dit.

Sauf que ce facultatif-là, c’est un peu ce qui nous a permis d’avoir autre chose que du Bossemans et Coppenolle en boucle depuis quarante ans. Ce qui permet aux nouveaux créateurs de créer, si on veut. J’exagère (à peine), mais c’est comme si le secteur des biotechnologies réduisait son budget recherche de 45 %, par exemple. Ce serait juste con. Très con. Bref, mobilisation des artistes, Facebook qui explose, pétition de 8.000 signatures et manif devant le cabinet de la ministre. Et c’est là, à la veille de la manif, que noss Fadila commet un délicieux tweet destiné à commenter la mobilisation des artistes: "En période de crise, c’est normal: combat de pauvres!" Ouich…

Alors Fadi, écoute-moi bien. D’abord, tu es socialiste (tu te souviens?) et aussi ministre de l’Egalité des chances. Donc "combat de pauvres", ça passe moyen. Ensuite, si tu joues à Twitter, il est important de savoir que tout le monde peut te lire. Donc évite l’ironie à deux balles. Alors, je sais, tu as dit qu’on t’avait mal comprise, qu’il n’y avait rien d’humiliant et tout ça. Et tu as même dit à ces chochottes ultra-susceptibles d’artistes que tu étais prête à répartir autrement l’effort à réaliser par le théâtre: "Moi, j’ai 1,3 % d’économies à obtenir, peu importe dans quel sens". Et donc, tu "attends du secteur théâtral des suggestions alternatives". Et ça, perso, ça me tirlipote.

Faire d’autres propositions, ce ne serait pas un peu ton job? Peut-être qu’on est entré dans l’Ikea de la politique ou dans le Brico de la gouvernance: un peu de nous, beaucoup de vous. Vieille école comme je suis, j’avais bêtement pensé que quand une ministre se viandait avec des mesures vraiment nases (ça arrive), elle revoyait elle-même sa copie.

Et revenait avec d’autres solutions, si possible intégrée dans une vision globale. Mais je me trompe, probablement. Aujourd’hui, c’est le "Do it yourself"de la gestion politique: j’ai le budget, je vous le fournis en kit et vous le montez vous-mêmes. Je sais pas, réduisez le budget PQ des théâtres en demandant aux spectateurs d’utiliser le papier des deux côtés, ou alors utilisez les vieux rideaux de bobonne Josiane pour vos décors. C’est vous qui voyez. Mais moi, je veux mon million! Vendredi, le ministre-président Rudy Demotte a tout de même annoncé qu’il allait rencontrer les artistes pour les aider (et reprendre le dossier?). Une espèce de conseiller clientèle, en somme.

vincent.peiffer@moustique.be

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