In-dis-pen-sa-bles!

Jusqu’il y a encore quelques semaines, elles étaient pourtant entièrement justifiées! Et lorsque d’affreux sceptiques (dans mon genre) avaient le toupet de demander si, quand même, on ne pourrait pas savoir à quoi elles étaient réellement dépensées, ces dotations, c’était mal.

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Très mal. Quasiment obscène. Armand De Decker et, en renfort caisse, l’historien-adorateur en chef de la royauté, Francis Balace, nous faisaient leurs gros yeux réprobateurs: on vous dit les dotations princières et de la reine Fabiola sont in-dis-pen-sa-bles, point!

Oui mais, insistaient les simplets dubitatifs (dans mon genre), ça n’existe pas dans les monarchies scandinaves ou aux Pays-Bas. Là-bas, seul l’héritier du trône bénéficie d’une dotation, et il doit justifier ses dépenses. Camembert, on vous a dit! Près d’un million et demi par an pour Fabiola, c’est normal!

Ça sert. 860.000 pour Philippe, 320.000 pour Astrid et 310.000 pour Laurent, c’est ultra-nécessaire. D’ailleurs, demander de justifier les dépenses, c’est ultra-vulgaire! Et puis, ergoter sur les dotations, c’est surtout affaiblir l’institution monarchique, donc la Belgique. Ça ne se critique pas.

C’est comme Eddy Merckx qui aligne les sottises pour défendre son ami Lance Armstrong. C’est complètement imbécile, c’est même assez suspect, mais on ne le dit pas! Parce que Eddy, c’est comme les dotations: c’est de l’ordre du sacré. C’est vital pour l’Etat Belgique. Donc, pas touche. Circulez!

Jusqu’au jour où Fabi la Gaffe crée sa célèbre fondation "Fons Pereos", qui exhale un peu trop la bidouillerie fiscale et l’évasion d’argent public belge. Et là, tout subitement, unanimement, les francs politiques tombent (quant à Armand De Decker et Francis Balace, ils se font bizarrement muets). Ben ça alors!

On vient de vérifier à quoi servait tout cet argent. Pour voir. Et vous savez quoi? En (bonne) partie à rien! Enfin si, à grossir leurs livrets d’épargne. C’est con: pendant vingt ans, on leur en a donné trop.

Vu qu’ils sont logés gratuitement au Stuyvenberg ou à la villa Clémentine, des bâtiments de la donation royale, et que tous leurs frais sont pris en charge quand ils se déplacent pour "représenter" la Belgique, on leur donnait même beaucoup trop! Et couic: -40 % pour Fabiola, qui devra désormais "survivre" avec 860.000 euros par an, comme Philippe.

Pire: Astrid n’a pas besoin de dotation! Elle n’en a même jamais eu besoin! Son mari, l’archiduc Lorenz, est un des richissimes héritiers Habsbourg. Il est fiscaliste dans une grande banque belge, il cachetonne aux conseils d’administration de Suez et du groupe chimique UCB, et il est même copropriétaire d’une banque suisse!

Bref, ça va d’aller. Avant que d’autres s’en chargent à sa place en raison de son niveau d’activité proche du zéro absolu, la princesse Astrid a donc annoncé qu’elle "accepterait" de renoncer à son argent de poche (dans les 5 millions en quinze ans, quand même), pas si indispensable que cela, tout compte fait. Reste le cas Laurent.

Signes particuliers: pas de juteux mariage, aucune compétence et un niveau d’activité officielle sous le zéro absolu. Donc problème.

Solution envisagée? Un paiement à la "prestation". Laurent deviendrait un free-lance de la dotation: tu bosses, tu touches; tu glandes, tu touches pas. Comme nous, dites donc! Ça fait tout drôle.

vincent.peiffer@moustique.be

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