Didier van Cauwelaert: « On ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur d’un arbre »

Il publie Le journal intime d'un arbre, autobiographie d'un poirier de 300 ans. Et quand il en parle, ça donne ça…

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Bonjour Didier. Vous savez, les gens vont penser que vous êtes trop sensible ou trop nunuche d'être touché à ce point par la chute d'un poirier…
On ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur d'un arbre, si on n'a pas… Si on n'a pas vraiment… C'est comme un animal, ce n'est pas une question d'être un arbre, c'est la vie tout simplement… C'est la perte de la mémoire…

Pour vous, un arbre n'est pas fait de bois…
Si, bien sûr. Mais le bois n'est pas une matière morte. Quelle est la conscience au travail dans un arbre qui l'amène à pouvoir scanner un insecte pour fabriquer les hormones de cet insecte à un tel dosage que ça va le stériliser. Voilà une découverte scientifique qui laisse abasourdi… Si un bout de bois fait ça, un bout de bois doit pouvoir traiter d'autres informations, notamment au niveau émotionnel…

Parlez-vous aux arbres?
J'essaie d'écouter plus que je ne parle, mais c'est plus au niveau du toucher que je ressens des choses, le ventre contre un arbre…

Ah… Ça veut dire que vous caressez les arbres?
Oui, mais pas au sens de la caresse… C'est plus un contact, c'est s'appuyer – c'est vraiment de ventre à tronc, si vous voulez. C'est là que je ressens des choses, très fort…

Vous vous mettez tout nu contre les arbres?
Non, mais vous savez, j'ai été condamné à mort par la médecine à un moment donné pour un énorme problème de douleurs, un problème d'intestins… La seule chose qui m'a calmé – et ce n'est pas une chimère – c'est d'être contre cet arbre. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais je suis toujours là…

Heu… Avez-vous déjà gravé un cœur dans l'écorce d'un arbre?
Non. J'ai dessiné des cœurs dans la neige…

Petit garçon, vous avez fait des cabanes dans les arbres?
Non, parce que je suis un enfant de la mer, je suis né à Nice. J'étais plus dans les rochers que dans les arbres. J'ai découvert les arbres plus tard… Donc, les cabanes…

Ce sera pour une autre vie…
Oui, mais je les ai faites par procuration dans le roman…

À propos d'autre vie, si vous deviez revenir en arbre, vous reviendriez en…
En poirier, pour vérifier si j'ai dit des conneries…

Un poirier? Avec tout le respect que j'ai pour les poiriers, vous ne voulez pas revenir dans un arbre plus noble ou plus exotique?
Justement, j'aime bien les déclassés, les réprouvés… Sinon, je pourrais vous dire le plus vieil arbre de France, l'olivier de Roquebrune…

Il est connu, çui-là?
Non seulement il est connu, mais il fout en l'air deux routes et personne n'a le droit d'y toucher…

Fréquenter un poirier, ça rend bonne poire?
Non.

Le journal intime d'un arbre, Michel Lafon, 250 p.

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