Cinq secondes de courage

Le politique belge est tout de suite moins flamboyant. Berlusconi, au moins, il braille: "L’Italie est un pays de merde!"

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Ou alors il fait son malin avec quelques turbo-biches dûment rémunérées: "Je suis Premier ministre durant mes temps libres" (on avait noté) et même qu’à 70 ans, je dispose encore d’un super-tich, tâtez-moi ça. C’est normal: Silvio est Italien. Tandis qu’Yves Leterme, il est Belge. Or donc, un certain Angel Gurria, patron de l’OCDE de son état, téléphone à notre Premier ministre intermittent: "Dis, Yves, tu ne viendrais pas à Paris pour être mon adjoint? Je sais que pour un Premier ministre, c’est comme si tu étais muté chef coursier au CPAS de Warneton, mais vu que ton avenir politique est aussi ouvert que le sphincter d’un moineau constipé…"

Là, Yveke aurait pu faire des cumulets dans son bureau du 16, lancer des confettis, faire La Chenille qui redémarre avec toute la rue de la Loi, mettre une main à Inge Vervotte et hurler: "Yesss! Quitter ce pays de m…! Enfin! Tu rigoles que j’accepte, Angel! J’aurais fait hôtesse d’accueil, si tu me l’avais proposé. Alors, secrétaire général adjoint de l’OCDE, tu penses! Tu me laisses quand même cinq secondes de courage politique pour faire comme si je réfléchissais? (5 secondes) Ok, je viens quand? Y a un Thalys à quelle heure? On fête ça où? Au Fouquet’s? Au Crazy Horse?"

Mais Yves Leterme est Belge. Et quand on est Belge, on fait dans la sobriété. Dans le retenu. L’intériorité. Surtout lui. Quand on a son palmarès de démissions et de bévues, on ne fait pas son fanfaron. On prend gentiment ce job de chef comptable adjoint, on dit merci au Monsieur Gurria de l’OCDE et on fait du commentaire bien plan-plan: "Belle opportunité gnagnagna, honneur pour la Belgique gnagnagna, virage personnel et ressourcement gnagnagna…"

Deux ou trois voix s’élèvent bien pour dénoncer le timing choisi, et voilà, c’est déjà oublié! Question d’habitude: annoncer qu’il prend la tangente en plein patatras institutionnel et financier, c’est tout lui, ça. Le démissionnaire en série invente le concept de "démission dans un gouvernement déjà démissionnaire", et tout le monde s’en contre-chtouille, au fond. Même que ça soulage.

Il faut dire, Yveke, que tu l’as un peu cherchée, cette indifférence. Passons sur ta Brabançonne-Marseillaise ou tes francophones intellectuellement limités (quoique). Mais la Belgique, c’était quoi, avant toi? Un petit pays plutôt cool.

Puis tu deviens chef du CD&V. Et toi, le Paganini de la boulette politique, tu nous fais quoi pour redevenir le premier parti de Flandre? Un cartel avec la N-VA! Le bon vieux CVP copain copain avec des séparatistes! Résultat quatre ans plus tard? Une Belgique en couille: pas de gouvernement, plus de patron de la Justice (Londers), plus de chef de la police (Koekelberg), un CD&V en charpie décampé par tous ses cadors plus ou moins raisonnables (Van Rompuy, Vervotte, bientôt Vanackere) et laissé aux mains d’excités genre Kris Peeters ou Van Rompuy Junior.

Et, bien sûr, ton chef-d’œuvre absolu: une N-VA à 30-40 %, qui trouve très normal de défiler bras dessus bras dessous avec les fachos hurleurs du Vlaams Belang dans les rues de Linkebeek. Au revouaaar, Yves! Et bien le bonjour à M’sieur Gurria…
vincent.peiffer@moustique.be

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