Chère Tante Fabi,

Si je me permets de t’appeler Tante Fabi, c’est parce que je me considère un peu comme ton neveu.

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Après tout, à force de nous fréquenter épistolairement depuis une quinzaine d’années, nous formons comme qui dirait une grande famille, les Saxe-Cobourg et moi. Or je lis qu’entre autres vocations, ta Fondation "Fons Pereos" se destine à soutenir des membres de ta famille qui auraient "des difficultés matérielles ou psychologiques". C’est dingue, ça!

Je suis justement dans les difficultés, ces temps-ci. Matérielles, d’abord: avec la crise et tout ça, je n’arrive pas à m’acheter la maison de mes rêves. Psychologiques, ensuite: ça me fout en rogne. Voilà, je pense donc que j’entre dans les critères d’attribution de ta Fondation.

D’autant plus que je suis un enfant biologique né d’un mariage catholique. Mon papa et ma maman se sont mariés à l’église Saint-Jean-Baptiste de Welkenraedt, où j’ai moi-même été baptisé, j’y ai fait ma petite communion et ma grande.

Tu ne vas pas le croire: j’ai même été enfant de chœur! Bon, après, je confesse qu’avec Monseigneur Léonard, on s’est un peu frités. Mais tu le connais: c’est lui qui a commencé à faire le malin. Cela dit, ne t’inquiète pas: je peux encore te réciter le "Notre Père" sans devoir réviser.

Et, si ça te fait plaisir, je peux même créer une succursale du Renouveau charismatique ou de l’Opus Dei dans ma buanderie. Je ne dis pas que je m’en occuperai beaucoup mais, comme on dit, c’est le geste qui compte. Donc pour le côté catho, c’est bon.

Reste une question: est-ce que ta Fondation destinée à éluder 70 % de droits de succession me choque? Mais non, hein, Tante Fabi! Tu veux que je te dise? On chipote.

Et je comprends que tu te sentes "atteinte" par cette polémique à deux balles (disons à 100 millions d’euros). D’abord parce qu’une partie de tes petites économies provient de ta famille espagnole: des euros, des tableaux de Goya, Vélasquez ou Rubens, et des brouettes de bijoux précieux. C’est vrai: la fortune de la famille Mora y Aragón a un bien gonflé grâce aux excellentes relations qu’elle entretenait avec le général Franco, qui était quand même un beau salaud.

Mais, comme on dit, le commerce est le commerce. Il y a aussi le compte épargne que t’a laissé Baudouin. Des dizaines de millions. Etant donné que les Saxe-Cobourg étaient raides quand ils sont arrivés ici et qu’on ne les a pas vus bosser des masses en 180 ans, on se doute que tous ces sous proviennent d’une manière ou d’une autre des caisses publiques. Mais allez, on va dire prescription. Et puis il y a ta dotation à 1,44 million d’euros par an depuis vingt ans. Je suis scandalisé qu’on te la rabote de 40 %! Tu sais pourquoi, Tante Fabi?

Parce que ça sous-entend que tu as reçu 550.000 de trop depuis vingt ans! 11 millions que tu aurais chapardés aux contribuables! Or moi je sais bien que c’est même pas vrai. Quand on voit ce que tu peux turbiner, avoir 25 personnes à ton service est une nécessité absolue.

D’ailleurs, franchement, qu’est-ce que c’est, de nos jours, 550.000 euros? À peine une très belle maison par an! À ce propos, pourrais-tu demander à ta Fondation de me faire une petite avance de 550.000 euros pour ma maison qui me procure tant de difficultés matérielles et psychologiques? Comme ça, c’est fait. Merci d’avance!

Ton dévoué neveu épistolaire,
Vincent

vincent.peiffer@moustique.be

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