Carla la Laborieuse

C’est fou comme les grands esprits peuvent se rencontrer! A ma droite, vous avez Walter le Libraire (et sa Citroën C5 "de société" pour aller de sa maison à son magasin et de son magasin à sa maison), qui annonce sa candidature aux élections communales sur la liste de Charles Michel, à Wavre.

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Et quasiment le même jour, à ma droite aussi, vous avez Nicolas Sarkozy qui, ça y est, annonce lui aussi qu’il sera candidat. Walter n’a pas encore de slogan de campagne, mais Nicolas oui: "La France forte". Perso, je m’attendais à autre chose. Surtout au vu de ses dernières interviews à la télé, où le président français citait "l’Allemagne", "les Allemands" ou "Madame Merkel" tous les quatre mots. Je m’attendais donc à un truc plus choucroute, comme slogan. "La France BMW", par exemple.

Mais "La France forte", c’est bien aussi. Ça a la fermeté de la saucisse de Francfort, mais ça conserve le côté andouillette. Fiabilité allemande, mais à la française. Et puis "La France forte", c’est du musclé. Rien à voir avec la France trop chochotte de son premier quinquennat. Ah non! "Ce quinquennat ne sera pas conforme au premier". Là, promis, cette fois ce sera de la France solide. Et d’ailleurs, on sent que Nico le Fortiche peut déjà compter sur les forces vives de la nation pour rendre la France forte.

Comme par exemple sur le maire UMP de Nogent-sur-Marne, qui a fait sculpter une très belle statue à ériger dans sa ville. L’œuvre représente une "plumassière" au travail: un hommage aux courageuses ouvrières qui bossaient jadis dans une fabrique de plumes à Nogent. Et comme ces plumassières étaient toutes des immigrées italiennes, Monsieur le maire UMP a demandé que la statue soit sculptée à l'effigie de… Madame Bruni-Sarkozy. Qui a accepté.

Et pourquoi Carla Bruni ne pourrait-elle être le visage de la classe laborieuse féminine, je vous prie? Parce que, si on veut, disons que Carla fait elle aussi partie de l’immigration italienne. Un peu à sa manière, certes: issue de la richissime noblesse transalpine, elle n’a qu’une très vague idée de la signification des mots "vaisselle", "travail" ou "classe éco".

Mais pour exercer son passe-temps de top-modèle, se rendre aux rendez-vous de la jet-set internationale et finalement aboutir dans le sarko-bling-bling parisien, que n’a-t-elle dû voyager! Au fond d’elle-même, Carla n’est finalement qu’une petite immigrée. Elle aussi a subi les déchirements de l’expatriation afin de pouvoir vivre dignement. Comme les plumassières de Nogent, en somme. Quoi qu’il en soit, rien de tel qu’une bonne statue commémorative pour donner le coup d’envoi d’une "France forte", dynamique, moderne, travailleuse.

Une idée à creuser chez nous, pour une Wallonie forte! A Marchienne-au-Pont et à Ougrée, érigeons des sculptures d’ouvriers métallos qui auraient le visage d’Albert Frère ou de Lakshmi Mittal! Rendons hommage aux ouvrières des bassins lainiers avec des statues aux traits de Paola (une immigrée italienne dure à l’ouvrage, elle aussi).

Installons des sculptures de mineurs à l’effigie du prince Laurent et de Didier Bellens à l’entrée du Bois du Cazier et de la mine de Blégny-Trembleur. Et dressons déjà une statue de Walter le Libraire sur une place de Wavre, pour commémorer la lutte des petits indépendants pour conserver leur C5 "de société".

vincent.peiffer@moustique.be

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