Ça passe mal

Vous savez pourquoi ça ne va pas, en Flandre? D’après les cadors des partis traditionnels, la raison principale pour laquelle la N-VA continue de les écraser dans les sondages, c’est parce que le gouvernement fédéral "passe mal".

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Et pourquoi passe-t-il si mal chez nos frères et sœurs nordistes, notre gouvernement? Son action depuis un an serait-elle jugée complètement nulle? Non. Le budget 2013 passerait-il si mal? Non plus. Le CD&V, le VLD et le SP.A trouvent que ça pulse plutôt bien, question décisions gouvernementales. Ils sont contents.

La Belgique est même un des bons élèves européens, face à la crise. Chouette. Non, ce qui "passe mal", c’est juste que le Premier ministre est francophone. Et socialiste. C’est le nouveau refrain: les Flamands "acceptent mal", vous comprenez.

Et donc voilà, c’est surtout pour ça que ça merde au CD&V et à l’Open VLD, face à la N-VA. Un Premier ministre a enfin réussi à former un impossible gouvernement après 542 jours de no man’s land politique.

Un Premier ministre a fait aboutir une scission de BHV que la Flandre réclamait depuis plus de trente ans.

Un Premier ministre a dégoté 18 milliards pour combler les trous. Oui mais, il est francophone! Et ça, en Flandre, ça "passe mal". Raison pour laquelle certains partis flamands se font bouffer par la N-VA. C’est logique. Ce n’est pas parce que la pauvreté galope, même en Flandre. Ce n’est pas parce qu’on va payer l’énergie encore plus cher, même en Flandre. Ce n’est pas parce qu’une énorme majorité de Belges, même en Flandre, réclamaient un impôt de crise pour les plus riches et que le VLD d’Alexander De Croo s’y est opposé mordicus.

Ce n’est pas parce que avec leur cartel CD&V/N-VA, les sociaux-chrétiens ont épousé les thèses nationalistes en leur ouvrant un boulevard électoral (avant de se rendre compte qu’ils s’étaient viandés, mais trop tard). Ce n’est pas parce que les partis flamands s’abstiennent obstinément de pointer les dérives extrême-droitistes de la N-VA. Non, non, c’est parce que le Premier ministre est francophone! Pire: wallon! Pire encore: socialiste! Et peut-être même d’origine italienne? Et qui sait, pas vraiment tout à fait bien hétéro?

Donc voilà l’équation: si on veut sauver la Belgique, nous les francophones devons sauver les partis flamands "modérés". Et pour ça, ce qui serait bien, c’est qu’il n’y ait plus jamais de Premier ministre sudiste.

Ça "passe mal" au Nord. Et alors surtout pas un socialiste ou un écologiste! Mais pas un humaniste ou un libéral non plus, vu qu’il aurait la grosse anomalie d’être francophone. Comme on n’est jamais trop prudent, si on pouvait aussi éviter d’avoir des ministres fédéraux francophones, ce serait bien.

Et l’idéal, tant qu’à faire, serait peut-être même que les 4,5 millions de francophones s’abstiennent d’élire des parlementaires fédéraux.

Ça "passe mal". Attention, si les francophones veulent faire joujou à élire leurs députés régionaux ou leurs bourgmestres, ils pourront. Ça, oui. On est quand même en démocratie, merde! Sauf à Bruxelles, puisque là, des Flamands pourraient trouver que des élus francophones, ça "passe mal". Allez, un peu de compréhension, quoi! Un Premier ministre flamand, ça passe mieux. Prenez Jean-Luc Dehaene, il passait bien. Tellement bien qu’on l’a envoyé mettre de l’ordre chez Dexia.

vincent.peiffer@moustique.be

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