Bernie est content

Il ne se passe rien d’important dans l’actu. Ou presque. À Homs, en Syrie, Bachar al-Assad pilonne sa propre population au rythme d’un obus à la minute. Classique.

343794

En Corée du Nord, une fusée (bientôt nucléaire) a fait pschitt une minute après son lancement. À Bruxelles, des policiers doivent patrouiller dans les trams et les bus.

Au Botswana, le roi d’Espagne chasse l’éléphant, alors qu’il est président d’honneur du WWF espagnol.

Et dimanche en France, c’est juste le premier tour des Présidentielles. Donc rien, quoi. Ce qui me donne l’occasion de vous causer sport. Là, au moins, il s’en passe.

Mardi dernier, un événement de portée planétaire s’est même produit chez nous: les joueurs d’Anderlecht ont arrêté leur grève des micros! Parce que figurez-vous que les sales méchants journalistes de la presse, ah ben y z’avaient pas été gentils avec leur pote Wasilewski.

Pour ceux qui n’auraient pas l’honneur, "Wasyl" est ce défenseur polonais du Sporting, célèbre sur nos terrains par l’application répétée de coups de coude dans la tronche de ses p*!@°&% d’adversaires. Mais, un soir de 2010, le tibia du viril garçon rencontra les crampons du Standardman Axel Witsel, ce qui eut pour triple effet de briser ledit tibia dudit Wasyl, de longuement l’écarter des terrains et d’en faire le chouchou anderlechtois dès son retour sur nos vertes pelouses. Où Wasyl reprit bien entendu ses bonnes habitudes, "coudifiant" couramment ceux qui lui disputent le cuir.

Après la récente mise au tapis d’un joueur de Saint-Trond, les médias spécialisés réclamèrent donc une lourde sanction contre le karatéka, certains se demandant même s’il devait encore fréquenter nos terrains. Grave erreur! D’après Lucas Biglia, capitaine des très fâchés Mauves, il s’agissait d’un "manque de respect".

Alors les joueurs d’Anderlek y z’ont donné une grosse punition aux vilains médias: un boycott. Et nous avons donc vécu l’insupportable: la Belgique a dû se passer des propos d’après-match de Silvio Proto, de Guillaume Gillet ou, pire encore, de Dieumerci Mbokani! C’était terrible.

Mais ce qui est bien, avec les grands éducateurs, c’est qu’ils savent doser la sanction. Après quatre jours, la torture s’est arrêtée. Et samedi, suite à la défaite d’Anderlecht contre Genk (1-3), nous avons pu réentendre la belle prose de Silvio Proto, pour qui – je cite – "il nous a juste manqué les buts". On se sent mieux.

J’ai une autre grande nouvelle sportive: dimanche, le Grand Prix de Bahreïn aura bien lieu. Bernie Ecclestone, le gentil organisateur de la F1, en est "sûr à 200 %". Et ça c’est chouette.

Parce que l’an dernier, il avait dû annuler ce Grand Prix tout plein de pétrodollars. Profitant du Printemps arabe, des petits crétins de Bahreïnis avaient perturbé la sérénité de ce richissime mini-royaume persique en organisant des manifestations (pacifiques) pour réclamer liberté et respect des droits de l’homme.

Gravement menacée de démocratie, la famille royale locale a naturellement lancé ses troupes sur ces impudents. Répression qui a fait 35 morts. Aujourd’hui, sept militants emprisonnés puis torturés sont condamnés à la prison à vie pour "mise en place de groupes terroristes".

Et le calme est revenu. Donc Bernie est content: il peut organiser son Grand Prix 2012 en toute quiétude. 35 morts, ça va encore…

vincent.peiffer@moustique.be

Sur le même sujet
Plus d'actualité