Asile et Migration: Les 27 durcissent le ton sur les frontières extérieures et appellent au respect de Dublin

Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont demandé à la Commission européenne, au terme de leur sommet de Bruxelles, de financer des mesures qui renforcent le contrôle des frontières extérieures de l'Union, ce que certains d'entre eux voient comme un appel à financer des murs ou des clôtures.

Asile et migration
A Bruxelles, le centre Fedasil de « Petit Château » est débordé depuis des mois © Belga Image

Figurent aussi dans les conclusions, adoptées vers 2h15 dans la nuit de jeudi à vendredi, un appel attendu par la Belgique au respect des règles de Dublin, qui serait de nature à réduire le phénomène des mouvements migratoires secondaires.

La Commission, alignée sur le Parlement européen, s'est toujours refusée à utiliser l'argent de l'Union pour financer des barbelés ou des clôtures. À son arrivée au sommet, le Haut représentant Josep Borrell le répétait encore. "L'Europe forteresse n'est pas une solution. Les migrations sont aussi vieilles que l'humanité, et le problème n'est pas de les réduire, mais de les gérer de manière humaine (...) L'Europe a besoin de migrants, et c'est aussi une façon de mieux traiter avec nos partenaires dans le monde."

Une Europe divisée 

Pourtant, une douzaine de pays essentiellement de l'est de l'UE (Autriche, Bulgarie, Chypre, Danemark, Estonie, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) demandent depuis 2021 que la Commission finance la construction de telles clôtures, comme il en existe déjà sur certaines portions des frontières orientales de l'Europe.

Le chancelier autrichien, Karl Nehammer, avait même menacé de bloquer le sommet de ce jeudi si des engagements concrets n'étaient pas pris. La Belgique et les Pays-Bas, qui sont confrontés à une forte crise de l'accueil, avaient eux aussi mis le point migration à l'ordre du jour du sommet, mais plutôt pour mieux faire reconnaître le phénomène des mouvements secondaires des migrants et des demandeurs d'asile qui poursuivent leur chemin vers le nord de l'Europe, sans être (re-)pris en charge par le pays de première entrée comme prévu dans le règlement de Dublin.

La Belgique craint en outre, si ce débat européen ne mûrit pas, qu'il n'empoisonne sa présidence du Conseil de l'UE au premier semestre 2024, échéance à laquelle le Parlement et le Conseil ont convenu d'aboutir sur le projet de Pacte Migration et Asile. Dans leurs conclusions adoptées dans la nuit de jeudi à vendredi, le Conseil a donné du grain à moudre aux diverses approches. Il appelle la Commission à financer des mesures des États membres qui contribuent directement au contrôle des frontières extérieures de l'Union, à travers des projets pilotes, tout comme au renforcement du contrôle des frontières dans des pays clés sur les routes de transit vers l'Union.

Des zones d'ombre persistent

La formule laisse une bonne marge d'interprétation. "L'un des projets pilotes possède une clôture et cela ne fonctionne pas", a expliqué la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. "Ce qu'il faut, ce sont des caméras de surveillances électroniques, des routes pour des patrouilles, le personnel, les véhicules". Le but est de montrer que les procédures soient appliquées de la même manière partout pour que la frontière remplisse sa fonction.

D'aucuns y verront l'appel qu'ils réclamaient. Le Hongrois Viktor Orban a donné le ton lors de la réunion en affirmant que l'argent de l'Europe lui permettrait de rehausser à 5 mètres de hauteur la barrière qu'il a déjà fait ériger à la frontière avec la Serbie. Mais il revient à la Commission de décider.

Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, ne s'est pas aventuré sur ce sujet, qui ne fait pas consensus au sein de son gouvernement. Quelques heures auparavant, à son arrivée au sommet, il avait souligné que la défense des frontières extérieures de l'Union dépassait le débat sur les clôtures, avec par exemple des campagnes de dissuasion ou une meilleure surveillance technologique des frontières.

La Belgique attendait particulièrement un appel à la mise en œuvre de la feuille de route du règlement de Dublin, adoptée en décembre dernier, et qui permettrait déjà de réduire les mouvements secondaires par la seule mise en œuvre des règles existantes. Une clause de rendez-vous est fixée: le prochain conseil des ministres de l'Intérieur devra s'en saisir.

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