Quand la guerre en Ukraine prendra-t-elle fin? Les trois scénarios possibles pour la suite du conflit

Deux experts évoquent les trois scénarios possibles pour la suite des conflits en Ukraine.

Poutine @BELGA IMAGE

Le 24 février 2022, le président russe Vladimir Poutine annonçait une « opération militaire spéciale » en Ukraine pour « défendre les séparatistes de l’est du pays ». Presqu’un an après le début de la guerre, quelles sont les évolutions possibles du conflit?  Cyrille Bret, géopoliticien à Sicences Po, et Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF, ont envisagé trois scénarios dans un article paru sur le média en ligne The Conversation.

Un revers russe

Dans le premier scénario, Moscou lancerait une nouvelle offensive sur Kiev, dans le Donbass et sur la province de Kherson, pour impressionner la population russe. Cependant, ces attaques militaires échoueraient, estiment les deux géopoliticiens : « La Russie perdrait de nombreux hommes et une grande partie des quatre provinces ukrainiennes illégalement rattachées à la Fédération de Russie en septembre 2022 ».

Cette défaite s’expliquerait notamment par le fait que la mobilisation et l’entrainement des réservistes se heurtent à plusieurs limites.

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Pour que ce scénario se réalise, certaines conditions doivent être remplies: « La résistance de la présidence ukrainienne à l’usure de la guerre, sa capacité à remporter les élections législatives de l’automne 2023, la poursuite de l’aide militaire américaine et européenne […], et la capacité à tenir plusieurs fronts en même temps ».

Ce scénario, favorable à l’Ukraine, permettrait l’ouverture de négociations de cessez-le-feu, puis de paix. Mais Moscou devrait encore reconnaitre sa défaite : « Deux points redoutablement durs à traiter seraient le sort de la Crimée et l’avenir de la candidature de l’Ukraine à l’OTAN », renseignent les experts.

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Un succès pour la Russie

Le deuxième scénario envisagé consiste en une « série de succès militaires » pour la Russie,à partir de la fin de l’hiver, qui découlerait principalement de l’épuisement humain et matériel des forces armées ukrainiennes. Ce qui permettrait à la Russie de reprendre la province de Kherson, de menacer Kiev depuis la Biélorussie, et de progresser vers le sud-ouest du pays.

« Du côté russe, cela supposerait la réussite de plusieurs actions pour le moment infructueuses », expliquent Cyrille Bret et Florent Parmentier dans l'articule paru sur The Conversation. Pour que ce scénario puisse se réaliser, la mobilisation entamée à l’automne 2022 devrait être plus efficace et les chaînes de logistiques résister aux difficultés d’approvisionnement sur Kiev, dans le Donbass, et à Kherson.

En cas de victoire de la Russie, les annexions illégales dans  l’est de l’Ukraine seraient "consolidées", le gouvernement ukrainien serait possiblement renversé et prendrait une « orientation plus ou moins ouvertement pro-russe » : « L’objectif stratégique de la Russie serait ainsi atteint : disposer d’une zone tampon avec l’OTAN ».

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Un enlisement du conflit

Le dernier scénario table sur un enlisement du conflit, en raison de l’incapacité de la Russie et de l’Ukraine à prendre l’ascendant sur l’autre. Cet enlisement pourrait durer plusieurs années : « Il se manifesterait par une stabilisation (violente et meurtrière) des grandes lignes de front sur les positions actuelles mais des batailles régulières pour des localités d’importance secondaire, des nœuds routiers, des verrous fluviaux ou des ponts ».

Les facteurs qui pourraient nous mener à ce scénario sont multiples. Le premier facteur évoqué est que l'aide militaire occidentale à l'Ukraine atteigne  un  « plateau ».

La combativité ukrainienne pourrait demeurer mais ne plus être aussi efficace que par le passé, en raison d’une « courbe d’apprentissage » du côté russe. Les limites structurelles de l’outil militaire russe pourraient également mener à ce scénario.

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Un autre facteur est la volonté de Poutine et de Zelensky de faire accepter à leur population une entrée en négociation : « Entrer en négociation serait un aveu d’échec pour Vladimir Poutine et le mettrait à risque. Accepter de discuter serait pour Volodymyr Zelensky un renoncement qui lui ferait perdre le soutien très large dont il bénéficie aujourd’hui à l’intérieur et à l’extérieur : un autre leadership devrait se mettre en place, et serait vraisemblablement moins soucieux de compromis en raison des coûts irrécupérables de cette guerre », concluent les deux géopoliticiens.

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