Comment une crise énergétique mondiale pourrait être provoquée par une marée noire

Une étude montre comment une marée noire pourrait menacer l'approvisionnement en gaz naturel liquéfié mondial, la Belgique étant particulièrement concernée.

Marée noire en Russie
Une nappe de pétrole sur une plage de la baie d’Avacha, au Kamtchatka (Russie), le 13 mai 2022 ©BelgaImage

Vous pensiez avoir tout vu avec l'inflation liée à la guerre en Ukraine? Détrompez-vous, cela pourrait être encore bien pire! À en croire une étude publiée dans la revue Nature Sustainability, une énorme crise énergétique pourrait nous menacer si, par malchance, une marée noire devait se produire dans le Golfe persique. Une catastrophe qui serait non seulement environnementale mais aussi économique. Pour comprendre pourquoi une nappe de pétrole serait particulièrement dommageable dans cette zone de la planète, et ce plus qu'ailleurs, il faut se tourner vers un pays: le Qatar.

Les très sensibles installations énergétiques du Qatar

Les auteurs de l'étude, issus de l'UCLouvain et du Qatar Environment & Energy Research Institute (QEERI), rappellent d'abord le contexte. Suite au conflit russo-ukrainien, l'Europe a dû trouver trouver en urgence des substituts à son approvisionnement en gaz, qui dépendait jusque-là à 40% de Moscou. C'est là qu'entre en jeu le Qatar, qui pourrait prendre le relai pour une bonne partie. Le pays assure déjà plus de 20% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) et d'ici 2027, celles-ci devraient augmenter de 63%.

À lire: Gaz: cinq choses à savoir sur le GNL, sur lequel compte l’Europe

Cette dépendance accrue à Doha est déjà problématique de base, comme le rappelle le Qatargate. Mais au-delà de cela, cela veut dire que si le robinet de gaz qatari est coupé, les conséquences seraient énormes pour le marché de l'énergie. Or c'est justement ce qui pourrait arriver si une marée noire avait lieu à proximité du Qatar. Pour estimer l'ampleur de la menace, les chercheurs ont simulé l'impact d’un ensemble de nappes de pétrole sur cinq ans dans cette région de la planète. Ils ont ainsi identifié deux zones extrêmement vulnérables où se trouvent... les principales ressources énergétiques qataries.

À lire: Qatargate: Doha menace l’UE de réduire son approvisionnement en gaz

Une marée noire aurait dès lors «de fortes probabilités d’atteindre soit le principal terminal gazier du Qatar (celui de Ras Laffan, ndlr), d’où part l’intégralité des exportations de GNL, soit une des trois stations de désalinisation du Qatar», note l'UCLouvain. Puisque la production d'eau potable locale dépend presque entièrement de ces stations de désalinisation, les autorités veilleraient probablement en priorité à éviter sur le pétrole ne les atteigne. Des mesures d'urgence qui, en contrepartie, devraient fortement perturber les exportations de gaz, notamment du fait de l'installation de barrages flottants.

Mieux prévoir pour éviter des conséquences monstrueuses

L'enjeu est énorme non seulement pour Doha mais aussi pour l'Europe. Le problème est particulièrement prégnant dans le cas de la Belgique. En 2021, soit avant la guerre en Ukraine, elle importait déjà presque 60% de son GNL du Qatar. «Tout le gaz consommé en Belgique sur un an (qui n’est pas que du GNL) correspond à environ 1/6 du gaz exporté par le Qatar», précise l'UCLouvain qui prévoit des conséquences absolument énormes. «Chaque jour d’arrêt des exportations du Qatar correspondrait à 6 jours de consommation en Belgique», note l'université.

«Pour éviter de mettre en péril l’approvisionnement européen en gaz, les scientifiques UCLouvain et QEERI recommandent une surveillance étroite de cette zone afin de détecter aussi tôt que possible toute nappe de pétrole et mettre en œuvre rapidement des mesures de lutte contre la pollution». Ils suggèrent notamment de mettre en place des systèmes de radars perfectionnés afin que des alertes précoces puissent être émises.

À lire: Crise de l’énergie : pourquoi l’Europe a tardé à «plafonner» le prix du gaz

Le Golfe persique représente une zone particulièrement exposée aux marées noires, puisqu'une bonne partie de la production mondiale de pétrole vient de cette région. Plusieurs des principaux accidents pétroliers ayant eu lieu depuis les années 1960 se sont notamment déroulés au large du Koweït et de l'Iran, ainsi que dans le détroit d'Ormuz. En 1983, le Qatar a notamment dû faire face à la marée noire du champ pétrolier iranien de Nowruz, l'une des plus grandes catastrophes pétrolières de l'histoire.

Sur le même sujet
Plus d'actualité