Russie: le Kremlin s'inquiète des multiples sabotages menés à travers tout le pays

Qu'ils soient menés par des Ukrainiens ou des Russes, les sabotages font de plus en plus l'objet de l'attention du Kremlin qui tente de contrattaquer.

Poste de police en Crimée
Poste de police en Crimée, avec les fenêtres brisées le 16 août 2022, fruit d’un sabotage selon les autorités russes ©BelgaImage

La guerre serait-elle en train de s'exporter en Russie? C'est en tout cas ce que semble espérer le ministère ukrainien de la Défense. Selon celui-ci, les sabotages s'y multiplient: près de 40 au cours de l'année 2022 et six autres rien que sur les premiers jours de 2023. Ce mercredi 4 janvier 2023, des résistants russes auraient par exemple bloqué la circulation des trains sur la ligne transsibérienne, à proximité de la ville de Krasnoïarsk. Ces chiffres sont difficilement vérifiables mais une chose est sûre: il y a bel et bien des actions de sabotage en Russie et le phénomène est assez important pour que le Kremlin s'en inquiète et sévisse en la matière.

Des Ukrainiens, des Russes...

À Moscou, une question brûle les lèvres: qui est responsable de ces attaques sur le sol russe? Naturellement, les autorités pointent du doigt des Ukrainiens, et leurs dires ont parfois été confirmé par des sources des deux camps. C'est le cas par exemple de quatre individus, tous Ukrainiens, tués dans la région de Briansk après avoir tenté de commettre des sabotages, fait savoir RFI.

Il n'y a toutefois pas que les partisans de Kiev qui sont impliqués. Parfois, des Russie sont aussi à la manœuvre, notamment pour protester contre la mobilisation. Déjà en mai 2022, le journal Le Monde notait plusieurs cas de destructions de bureaux d’enregistrement militaire. En septembre dernier, lorsque Vladimir Poutine a appelé 300.000 citoyens aux armes, ces actions ont repris de plus belle, comme en a attesté le quotidien Le Parisien.

...et les révolutionnaires

Puis il y a le BOAK, un groupe de résistance russe anarchiste et communiste. S'il existait déjà avant 2022, il est devenu «la force subversive active la plus importante» dans le pays depuis le début de la guerre, selon le site d'information indépendant russe «The Insider». Leur crédo: la Russie, «c’est notre pays, pas celui de Poutine», comme ils le déclarent dans une vidéo diffusée sur Youtube. Frustrés par l'impossibilité de protester pacifiquement contre le Kremlin, ces militants ont donc multipliés les sabotages, que ce soit en Russie ou en Biélorussie.

Le BOAK a par exemple revendiqué des attaques contre des voies de chemins de fer militaires: en mai 2022 près de Serguiev Possad (à 70 km de Moscou), en juin à Kirjatch (à l'ouest du pays), ou encore en octobre à Barnaoul (en Sibérie). Ils auraient également pris pour cible des bureaux de recrutement militaires, des commissariats et des antennes relais proches de la frontière ukrainienne. Autant d'attaques qui aident Kiev à mener sa contre-offensive. «Chaque train qui déraille signifie moins d'obus et de roquettes tirés sur des villes ukrainiennes pacifiques», a ainsi écrit le BOAK sur Telegram.

L'escalade entre les saboteurs et le Kremlin

En l'état, ces attaques ne risquent pas d'entraver complètement l'armée russe, mais elles représentent une nuisance assez considérable pour Moscou. Elles forcent les autorités à affecter des troupes à cette lutte interne au pays. Plus globalement, cela entretient un climat de peur, comme l'ont expliqué des membres du BOAK au New York Times en août dernier: «L'intention est de montrer aux occupants qu'ils ne sont pas chez eux, qu'ils ne doivent pas s'installer, qu'ils ne sont pas autorisés à dormir paisiblement».

En conséquence, le Kremlin a décidé de réagir. Le 29 décembre dernier, Vladimir Poutine a par exemple promulgué une loi pour serrer la vis. Désormais, tout citoyen coupable de sabotage pourrait être puni par la prison à perpétuité. La formulation reste toutefois assez floue, notent des défenseurs des droits civils qui craignent de voir cette loi servir à museler encore un peu plus l'opposition.

À lire: Russie: Poutine ordonne la diffusion de «documentaires» sur la guerre en Ukraine

Qu'importe pour le BOAK, le mouvement semble déterminé à continuer ses actions. En mai 2022, son porte-parole expliquait au site d'information «inews» à quel point l'organisation est décidée à multiplier ses actes de sabotage en parallèle du conflit russo-ukrainien: «La guerre en Ukraine est une horrible tragédie, mais le conflit apporte de nouvelles opportunités avec lui. En effet, la minorité révolutionnaire tente, via des opérations, d’approfondir la crise dans lequel le système se trouve aujourd'hui».

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