Guerre en Ukraine : les soldats russes tués par une frappe à Makiivka ont-ils été trahis par leurs téléphones ?

La frappe ukrainienne qui a atteint Makïïvka, en zone séparatiste, a fait au moins 89 morts chez les soldats russes, selon Moscou.

Un collège professionnel utilisé comme logement temporaire pour les soldats russes, dont des dizaines au moins ont été tués dans une frappe de missiles ukrainiens à Makiivka
Un collège professionnel utilisé comme logement temporaire pour les soldats russes, dont des dizaines au moins ont été tués dans une frappe de missiles ukrainiens à Makiivka @BELGAIMAGE

Mine de rien, c’est une annonce plutôt exceptionnelle à laquelle a consenti Moscou. En indiquant mardi soir qu’au moins 89 soldats russes avaient été tués samedi 31 décembre dans une frappe ukrainienne sur Makiivka, une ville située dans les territoires séparatistes à l’est de Donetsk, le Kremlin a concédé avoir subi ses plus lourdes pertes en une seule attaque depuis le début de l’invasion.

Selon le ministère de la Défense russe, des missiles ont été tirés de nuit par des systèmes d’artillerie Himars, fournis par les États-Unis, et ont touché «un centre de déploiement provisoire» de l’armée russe à Makiivka. De son côté, l’Ukraine, qui a confirmé le bombardement, a revendiqué un bilan encore plus lourd. Selon le département des communications stratégiques de l’armée ukrainienne, 400 Russes auraient été tués dans la frappe, et 300, blessés.

Dans un communiqué publié ce mercredi, le général russe Sergueï Sevrioukov a indiqué qu'une «commission men[ait] l'enquête sur les circonstances» de l’attaque. Ce haut-gradé n’a pas hésité à incriminer le comportement des soldats russes, qui aurait permis aux drones ukrainiens de les localiser. «(…) Il est déjà évident que la cause principale (...) est l'allumage et l'utilisation massive par le personnel de téléphones portables à portée des armes ennemies, contrairement à l'interdiction», a en effet affirmé le général. En cette nuit du Nouvel an, les soldats russes postés sur le front auraient été nombreux à chercher à joindre leurs familles.

«Mauvaise sécurité opérationnelle»

Le communiqué indique également que les responsables reconnus coupables dans l'enquête seront traduits en justice. Reste à voir si cela suffisant pour calmer la colère déclenchée côté russe. Mardi, des commémorations ont eu lieu à Samara (sud-est du pays) et des villes avoisinantes, d’où étaient originaires une partie des soldats tués. Reste aussi à voir si l’utilisation des téléphones est bel et bien l’unique raison de ce bilan désastreux pour le Kremlin.

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L’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW) s’attendait justement à ce que les autorités russes rejettent «la responsabilité de sa mauvaise sécurité opérationnelle sur les responsables (séparatistes) et le personnel mobilisé». Or, comme le relevait la BBC, les soldats, qui faisaient partie d’un nouveau détachement de conscrits suite à la mobilisation partielle décrétée par Vladimir Poutine, étaient logés dans une école. Un bâtiment vulnérable, qui plus est à proximité d’un entrepôt de munitions mal camouflé.

Un revers de plus pour les troupes russes

L’annonce de ces pertes a en tout cas provoqué un choc en Russie, ainsi que des critiques envers le commandement militaire, déjà embarrassé après plusieurs défaites humiliantes sur le front ukrainien ces derniers mois. «Malgré plusieurs mois de guerre, certaines conclusions n’ont toujours pas été tirées», constatait le blogueur Boris Rojine, proche des milieux séparatistes pro-russes ukrainiens, fustigeant «l’incompétence» des hauts gradés de l’armée russe.

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«Pourquoi continuons-nous à installer (les mobilisés) dans des hôtels, des auberges et des écoles professionnelles…», s’interrogeait de son côté le correspondant de guerre russe Alexandre Kots. «Dix mois après le début de la guerre, il est dangereux et criminel de considérer l’ennemi comme un imbécile qui ne voit rien», a même averti Andrey Medvedev, vice-président de l’Assemblée législative de la ville de Moscou (propos relayés par l’AFP).

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