Qatargate : qui est Pier Antonio Panzeri, cerveau présumé du système de corruption au Parlement européen ?

L'ancien eurodéputé italien est soupçonné d'être le moteur d'"une organisation criminelle présumée" financée par le Qatar et le Maroc pour influer sur les décisions politiques du Parlement européen.

Qatargate : qui est Pier Antonio Panzeri, cerveau présumé du système de corruption au Parlement européen ?
BELGA

Trois semaines après la révélation d'un système de corruption par le Qatar au sein du Parlement européen, les langues commencent à se délier. Toutes citent le même nom: Pier Antonio Panzeri. Ancien député européen, ancien président de la sous-commission des droits de l'homme au Parlement européen et président de l'ONG Fight Impunity, cet Italien de 67 ans est soupçonné par les enquêteurs d’être à la tête d’une véritable organisation criminelle, financée par le Qatar (et d'autres pays), pour influer sur les décisions politiques du Parlement européen.

Selon Francesco Giorgi, ancien assistant de Panzeri et compagnon de l'ancienne vice-présidente du Parlement européen Eva Kaili, "tout a commencé en 2018" alors que "M. Panzeri était président de la commission des droits de l’Homme du Parlement européen" et encore député européen. Ali ben Samikh Al Marri, actuel ministre du Travail du Qatar, a "alors développé d’idée du lobbying. M. Panzeri a accepté de travailler pour les Qataris".

M. Panzeri, lui, assure que "tout a commencé" en 2019, soit après la fin de son mandat d'eurodéputé. Cette année là, il est président de la délégation pour les relations avec le Maghreb. Le Maroc entre en jeu et "prévoyait qu’on aurait travaillé à éviter des résolutions contre le pays, et en échange, on aurait reçu 50.000 euros", selon son témoignage. De l'argent qui passé par l'ONG Fight Impunity, soupçonnent les enquêteurs. Début décembre 2022, c'est néanmoins dans la résidence bruxelloise de l'ancien eurodéputé qu'ils ont trouvé 600.000 euros en cash.

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Syndicaliste, fan de l'Inter, "ami du Maroc"

Né à Riviera d'Adda, en Lombardie, Pier Antonio Panzeri est une figure connue de la gauche italienne, mais assez discrète au niveau national et européen. Interrogés par Le Monde, des députés européens français et allemands disent n'avoir eu que peu de contact avec l'Italien, pour la bonne et simple raison qu'il ne parlait ni l'anglais, ni le français, seulement l'italien. Cela ne l'a pas empêché d'être président de la sous-commission pour les droits de l'homme et président de la délégation pour les relations avec le Maghreb.

Elu eurodéputé à trois reprises de 2004 à 2018, Pier Antonio Panzeri était cependant connu des italophones, notamment le Belge Marc Tarabella, dont le domicile a été perquisitionné samedi 10 décembre et avec qui il partage une passion pour le ballon rond - Panzeri est supporter de l'Inter.

En Italie, Pier Antonio Panzeri n'est pas beaucoup plus connu, sauf à Milan. Il y a commencé sa carrière comme syndicaliste. Bien ancré à gauche, il a présidé dans les années 90 la Chambre du Travail de Milan, institution associée à la mémoire du mouvement ouvrier. Au début des années 2000, il restait une des voix les plus écoutées de la gauche milanaise. Il a été affilié à différents partis issus du délitement de cette gauche post-communisme et post-affaires, d'abord Uniti nell'Ulivio, puis le Partito Democratico et, plus récemment, Articolo Uno, mouvement progressiste qui lui a permis de décrocher un troisième mandat européen en 2014.

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