Ce que l’on sait de l'attaque qui a fait trois morts à Paris

Trois personnes ont été tuées par balles et trois autres blessées dans le centre de Paris par un homme de nationalité française connu pour deux précédentes tentatives d'homicide, qui a été interpellé et placé en garde à vue.

Ce que l'on sait de la fusillade de Paris
Trois personnes ont été tuées à Paris ©Belga Image

Les faits, qualifiés "d'acte odieux", par la Permière ministre Elisabeth Borne, se sont produits rue d'Enghien, dans le Xe arrondissement de la capitale française, au niveau d'un centre culturel kurde, dans un quartier commerçant prisé de la communauté kurde.

"Il y a trois décédés, une personne en état d'urgence absolue, deux personnes en état d'urgence relative et le mis en cause qui a pu être interpellé, est également blessé, notamment au visage", a détaillé la procureure de la République de Paris Laure Beccuau, devant la presse.

Une enquête a été ouverte des chefs d'assassinat, tentative assassinat, violences volontaires avec armes et infraction à la législation sur les armes, a poursuivi Mme Beccuau.

Les investigations ont été confiées à la police judiciaire.

Le parquet national antiterroriste et ses services sont venus sur place mais il n'y a "aucun élément qui privilégierait la nécessité de leur saisine", a ajouté la procureure.

Mme Beccuau s'est refusée à commenter les motivations du tireur présumé. "Quant aux motifs racistes des faits, ces motifs vont évidemment faire partie des investigations qui viennent de débuter", a-t-elle toutefois poursuivi.

L'homme placé en garde à vue peu après les faits, est connu des services judiciaires.

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Selon deux sources policières, cet homme, un conducteur de train à la retraite de nationalité française et âgé de 69 ans, est connu pour deux tentatives d'homicide commises en 2016 et décembre 2021.

Il est en revanche inconnu des fichiers du renseignement territorial et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a précisé une de ces deux sources.

Le premier antécédent concernerait, selon Laure Beccuau, "des faits en Seine-Saint-Denis où il serait passé récemment en jugement, aurait été condamné, mais à la suite de la condamnation un appel aurait été interjeté par le parquet".

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Le second antécédent serait "lié à des faits qui se seraient passés du côté de Bercy à Paris", a poursuivi la magistrate.

Les faits visés se sont déroulés le 8 décembre 2021. Une source policière avait à l'époque indiqué à l'AFP que l'homme était soupçonné d'avoir blessé à l'arme blanche au moins deux migrants dans un campement à Paris et dégradé plusieurs tentes d'un campement du parc de Bercy, dans le XIIe arrondissement de la capitale.

L'homme avait été mis en examen pour violences avec arme avec préméditation à caractère raciste ainsi que pour dégradations. Il avait ensuite été placé en détention provisoire avant, selon Mme Beccuau, d'être récemment remis en liberté.

La Première ministre Elisabeth Borne a déploré sur Twitter un "acte odieux" et exprimé ses "pensées" et son "plein soutien aux victimes et à leurs proches".

Le tireur a voulu "manifestement s'en prendre à des étrangers"

L'homme soupçonné d'avoir tué trois personnes et blessé trois autres vendredi à Paris près d'un centre culturel kurde a voulu "manifestement s'en prendre à des étrangers", a affirmé Gérald Darmanin.

"Il n'est pas sûr que le tueur qui a voulu assassiner ces personnes (...) l'ait fait spécifiquement pour les Kurdes", a ajouté le ministre de l'Intérieur, alors que des rumeurs d'attaque "politique", venant de la Turquie, étaient relayées par la communauté kurde. "On ne connaît pas encore ses motivations exactes", a-t-il insisté.

Gérald Darmanin a indiqué également ne pas disposer d'informations qui relieraient le suspect à des faits antérieurs liés à "l'ultradroite".

Plusieurs élus de gauche, dont des députés de la Nupes et la maire PS de Paris Anne Hidalgo ont attribué à "l'extrême droite" la responsabilité des tirs.

"Il était tireur dans un club de sport et avait déclaré de nombreuses armes", a dit le ministre.

Parmi les victimes, "il n'y avait pas de personnes, à ma connaissance, particulièrement signalées et connues des services français", a indiqué M. Darmanin, interrogé sur leur éventuelle appartenance au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation qualifiée de terroriste par l'Union européenne.

Le ministre a demandé le renforcement de la sécurité autour des lieux de rassemblement de la communauté kurde mais aussi près des "emprises diplomatiques turques".

Une réunion prévue vendredi soir au ministère de l'Intérieur doit évaluer "les menaces éventuelles ou complémentaires" sur la communauté kurde à Paris et sur tout le territoire, a-t-il ajouté.

Incidents entre manifestants kurdes et forces de l'ordre

La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants kurdes vendredi près d'un centre culturel kurde du centre de Paris devant lequel un homme a tué trois personnes à la mi-journée, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Ces incidents ont débuté lorsque la foule s'est heurtée à un cordon de forces de l'ordre qui protégeaient la scène de crime.

Les heurts sont intervenus peu après un point presse du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, venu sur place pour faire le point sur l'enquête.

Les manifestants ont ensuite lancé des projectiles vers les forces de l'ordre qui ont répliqué avec des grenades lacrymogènes.

Des poubelles ont été incendiées et des barricades érigées dans la rue.

Les vitres de plusieurs véhicules civils et de police ont été brisées par des pavés et briques, et de nombreux feux ont été allumés sur la chaussée, rue du Faubourg Saint-Denis et boulevard de Strasbourg.

"PKK" (Parti des travailleurs du Kurdistan), "les martyrs ne meurent pas!", scandaient notamment des manifestants.

Peu avant, certains d'entre eux avaient tenté de forcer le passage vers le centre culturel kurde, rue d'Enghien.

Un suspect "taiseux" et "renfermé", selon son père

"Taiseux" et "renfermé", l'homme de 69 ans soupçonné d'avoir tué trois personnes et blessé trois autres dans le centre de Paris vendredi ne "disait rien" et "a dû manigancer (l'attaque) tout seul", a raconté son père à l'AFP.

Connu pour des faits précédents de violences avec armes, ce conducteur de train à la retraite, de nationalité française, a été interpellé peu de temps après les faits et placé en garde à vue. "C'était un taiseux, comme on dit. J'aimais pas trop parce que j'aimais bien qu'il s'exprime, mais il était vraiment renfermé. Il ne vivait pas comme tout le monde", a déclaré son père, 90 ans, cheveux gris en bataille et robe de chambre foncée.

"Ce matin, il n'a rien dit en partant (...) Il est cinglé. Il est fou", a-t-il ajouté.

Les faits ont eu lieu rue d'Enghien, au niveau d'un centre culturel kurde, dans un quartier commerçant animé et prisé de la communauté kurde.

Selon le ministre de l'Intérieur, qui s'est rendu sur les lieux dans l'après-midi, le tireur a voulu "manifestement s'en prendre à des étrangers". De cette possible motivation, "jamais on en parlait (...) Il disait rien. Il a dû manigancer son truc tout seul", supposait vendredi en début d'après-midi le père du suspect.

Le suspect avait été libéré de prison le 12 décembre, après avoir été incarcéré pour des faits de violences avec arme avec préméditation à caractère raciste et de dégradations, commis en décembre 2021 à Paris.

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