Coupe du monde: d'autres organisations polémiques en 2026 et 2030?

Après les polémiques au Qatar, les pays organisateurs du Mondial en 2026 et 2030 pourraient être eux aussi critiqués sur plusieurs plans.

Coupe du Monde
Le Coupe du Monde de football, lors de la finale France-Argentine le 18 décembre 2022 au Qatar ©BelgaImage

Voilà, la Coupe du monde, c'est fini! L'Argentine fête en grandes pompes sa victoire ce mardi avec un jour férié puis la vie va reprendre son cours sur la planète football... jusqu'aux prochains rendez-vous mondiaux. Les regards sont donc braqués vers les éditions 2026 et 2030, cette dernière ayant pour tâche de marquer le centenaire de l'événement. Mais s'il y a une question qui brûle les lèvres après l'organisation très polémiques au Qatar, c'est de savoir si les prochains pays hôtes commettront eux aussi d'importants impairs ou pas. Une interrogation légitime, surtout que de premières inquiétudes ont déjà été émises.

Dans quatre ans, une Amérique du Nord avec plusieurs atouts...

Pour 2026, le pays organisateur a déjà été désigné, ou plutôt les pays. Car pour la première fois de l'histoire de la Coupe du monde, celle-ci sera organisée dans trois États différents: le Canada, les États-Unis et le Mexique. Bref, dans une très grande partie de l'Amérique du Nord. La grande force de cette candidature commune, c'est que les stades sont déjà construits, voire parfois très modernes, comme le faisaient valoir les USA lorsqu'ils ont été choisis en 2018. Certains doivent être adaptés mais globalement, on est loin du scénario qatari où presque toutes les infrastructures devaient être construites en peu de temps, d'où la polémique sur les morts de travailleurs migrants.

Le Mondial 2026 a également pour qualité d'être organisé dans des pays démocratiques. Une nouvelle bienvenue après les éditions en Russie et au Qatar. Cela devrait, a priori, éviter ou du moins limiter l'inquiétude sur plusieurs sujets sensibles, notamment à propos du respect des droits humains (des travailleurs, des femmes, de la communauté LGBTQIA+, de la liberté d'expression et de presse, etc.).

...Et des défauts

Le problème avec cette prochaine Coupe du monde, c'est le coût écologique. Seize villes accueilleront le Mondial, dont 11 aux USA, 3 au Mexique et 2 au Canada, dont certaines sont éloignées de plus de 4.000 km (comme Toronto-Guadalajara ou Vancouver-Mexico). Des distances parcourues en avion, ce qui pourrait créer un bilan désastreux sur le plan environnemental. Ce problème est d'autant plus préoccupant que pour la première fois, il n'y a pas 32 mais 48 équipes dans la compétition. Il y aura donc plus de matchs et, logiquement, plus de trajets. Cette nouvelle structure du Mondial doit être encore discutée mais il se pourrait qu'il y ait 12 groupes de 4 au début du Mondial puis des 16e de finale.

À lire: Une raison de plus pour s’indigner contre la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis

Conscient de ce reproche, le président de la FIFA, Gianni Infantino a promis d'engager une réflexion à ce propos. «Dans une région aussi vaste que l’Amérique du Nord, nous devons nous en préoccuper, pour veiller à ce que les équipes jouent dans des 'clusters', où les supporters n’ont pas à parcourir des distances folles, tout comme les équipes», assure-t-il. Il n'a toutefois pris aucun engagement formel et cela reste une question ouverte.

Outre la question écologique, d'autres critiques peuvent également être faites. Le Mexique est par exemple classé à la 124e place sur l'indice de corruption de Transparency International, ce qui en ferait un État aussi corrompu que le Pakistan. Est-ce que cela n'augure pas de futurs problèmes avec l'organisation du Mondial? On peut se le demander. Mexico va également devoir lutter contre les chants homophobes dans les stades, qui représentent encore aujourd'hui un vrai défi pour les autorités.

Puis où en seront les USA sur le plan des droits humains en 2026? Après s'être attaquée à l'accès à l'avortement, la Cour suprême américaine pourrait menacer de faire de même dans d'autres registres, notamment vis-à-vis des personnes LGBTQIA+. Si en plus les républicains (voire Donald Trump) reviennent au pouvoir en 2024, cette question sera d'autant plus d'actualité.

2030: des candidatures prometteuses et d'autres critiquables

Pour 2030, il est difficile de faire des plans sur la comète. Il faudra attendre 2024 pour connaître le ou les pays organisateur(s). Pour l'instant, on compte trois candidatures officielles: Espagne-Portugal (en collaboration avec l'Ukraine pour une part minoritaire de la compétition), Uruguay-Argentine-Paraguay-Chile (autrement dit la partie méridionale de l'Amérique du Sud), et le Maroc. Enfin, ces dernières semaines, une nouvelle candidature semble se dessiner, à savoir celle rassemblant la Grèce, l'Égypte et l'Arabie saoudite.

Lors d'une interview en septembre dernier, le président de l'UEFA se disait «certain» que le projet ibérien allait l'emporter. Il faut dire que cela fait depuis 2006 que l'Union européenne n'a plus accueilli la compétition, alors qu'entretemps le Mondial a été organisé en Afrique, en Amérique (du Nord et du Sud) et en Asie. Faire la Coupe du Monde en Espagne et au Portugal permettrait donc de respecter une certaine tournante des continents. Il s'agit en plus de deux pays phares de la planète football, ce qui serait parfait pour organiser le centenaire de la compétition. Mais surtout, il s'agit de deux démocraties respectueuses des droits humains, avec des distances réduites pour les déplacements, des stades déjà construits, etc. Bref, cette candidature a beaucoup d'atouts. La co-candidature de l'Ukraine pose plus de questions mais Kiev ne devrait a priori accueillir qu'un groupe en phase de poules, ce qui limite la portée du problème.

Pour autant, la péninsule ibérique n'est pas certaine de l'emporter. Les autres pays comptent bien se défendre. Les États sud-américains sont sûrement d'autant plus motivés que l'Argentine vient de gagner l'édition 2022. Ici, la distance entre les villes sera plus grande qu'en Europe (en exceptant l'Ukraine), ce qui peut jouer en défaveur de cette candidature. Le Paraguay est également mal classé dans l'index de démocratie de l'Economist Intelligence Unit (EIU), étant même qualifié de «régime hybride». Il est également mal classé dans le classement de l'inégalité de genre des Nations Unies et dans l'index LGBT de l'Equaldex. On peut cependant objecter qu'Asunción devrait accueillir une part minoritaire de la compétition (à l'instar de l'Ukraine en Europe).

La candidature gréco-égypto-saoudienne est celle qui devrait faire le plus jaser si elle est retenue. Certes, il serait symbolique que le centenaire du Mondial soit organisé sur trois continents en même temps. Mais il s'agit aussi de la candidature où les distances entre stades seraient les plus grandes, sans compter que les deux pays arabes pâtiraient possiblement des mêmes défauts que l'organisation qatarie, notamment sur le plan des droits humains (les femmes sont discriminées et l'homosexualité est punie jusqu'à 17 ans de prison en Égypte voire de la peine de mort en Arabie saoudite) et de la construction des stades (tous n'étant pas encore construits).

À lire: Une Coupe du Monde sur trois continents? Ces pays veulent s’associer pour 2030

Reste le cas du Maroc. Cela fait six fois depuis 1994 que le royaume alaouite candidate pour la Coupe du Monde. Il était le principal concurrent aux Nord-Américains pour 2026 et compte bien l'emporter cette fois-ci pour être le premier pays d'Afrique du Nord à accueillir le Mondial. Comme l'a fait valoir Rabat par le passé, la distance entre stades serait réduite, mais ces derniers ne sont pas tous construits. L'homosexualité y est punie de 3-5 ans de prison et le Maroc fait encore pire que l'Égypte en termes d'inégalité des genres selon l'ONU. Plusieurs similitudes avec le Qatar qui ne manqueraient pas de poser question si Rabat est choisie.

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