Élections en Tunisie: seulement 8,8% de participation, l'opposition appelle à la démission du président

La coalition d'opposition, qui dénonce le «coup d'État» du président de juillet 2021, juge que ce dernier a perdu toute légitimité.

Kaïs Saïed
Le président tunisien Kaïs Saïed dans un bureau de vote le 17 décembre 2022 à Ennasr, dans la banlieue de Tunis ©BelgaImage

Les Tunisiens ont boudé massivement les urnes samedi alors qu'ils étaient appelés à renouveler leur Parlement, un scrutin voulu par le président Kaïs Saïed pour mettre un point final au processus enclenché par son coup de force de juillet 2021.

Un «séisme» selon l'opposition

Une nouvelle Assemblée de 161 députés, aux pouvoirs très limités, doit remplacer celle que Kaïs Saïed avait gelée le 25 juillet 2021, arguant d'un blocage des institutions démocratiques issues de la première révolte des Printemps arabes, après la chute du dictateur Ben Ali en 2011. Le président de l'autorité électorale Isie, Farouk Bouasker, a annoncé un maigre taux de participation, encore provisoire, de «8,8% à 18H00». Il s'agit de la plus faible participation électorale depuis la Révolution de 2011 après des records (près de 70% aux législatives d'octobre 2014) et c'est trois fois moins que pour le référendum sur la Constitution l'été dernier (30,5%), déjà marqué par une forte abstention.

Ce nouveau Parlement «est censé être plus démocratique et représentatif que tous les précédents Parlements de l'histoire du pays», a ironisé l'analyste Youssef Chérif sur Twitter. M. Bouasker a reconnu un «taux modeste mais pas honteux», estimant qu'il s'expliquait par «l'absence totale d'achats de voix (...) avec des financements étrangers», contrairement au passé, selon lui.

Le Front de salut national, une coalition d'opposants dominée par le parti d'inspiration islamiste Ennahdha -- parti majoritaire du Parlement sortant -- a qualifié ces résultats de «séisme», appelant le président à «réunir toutes les forces politiques» pour en discuter. Accusant depuis des mois M. Saïed (élu fin 2019) de «dérive dictatoriale», l'opposition et la plupart des formations politiques boycottaient le vote, pour dénoncer aussi un changement de loi électorale, imposant cette fois des candidatures sans affiliation à un parti, ainsi que les pouvoirs très limités du nouveau Parlement. Autre facteur pouvant expliquer la désaffection: les candidats (1.055), pour moitié enseignants ou fonctionnaires, étaient pour l'essentiel inconnus, avec très peu de femmes (moins de 12%) dans un pays attaché à la parité.

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