Que révèlent (vraiment) les «Twitter Files» d'Elon Musk sur la famille Biden?

Le patron de Twitter affirme que ses «Twitter Files» prouvent un cas de violation de la liberté d'expression par les démocrates. Une conclusion contestable.

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Logo de Twitter à San Francisco (Californie) le 28 octobre 2022 ©BelgaImage

Le week-end dernier, les internautes américains se sont pris de passion pour le nouveau coup d'éclat du patron de Twitter, Elon Musk. Ce samedi, il a annoncé en grande pompe la publication d'un dossier qu'il a surnommé les «Twitter Files». Il s'agit en réalité d'un fil de 37 tweets publiés par le journaliste Matt Taibbi, relayés par le patron de Tesla. Ce dernier assure qu'il s'agit ici de la révélation d'un cas de censure de Twitter impliquant le fils du président américain, Hunter Biden. Pour Elon Musk, cette supposée révélation est censée être un des symboles du retour en grâce de la liberté d'expression sur le réseau social de l'oiseau bleu. Mais à y regarder de plus près, le constat est quelque peu différent.

L'article polémique du New York Post au cœur de l'affaire

Pour comprendre de quoi il s'agit, petit retour en arrière. Depuis des années, les médias américains évoquent l'histoire de Hunter Biden, dont l'ordinateur a été récupéré par un réparateur informatique. Ce dernier aurait ensuite transmis l'appareil à un des avocats de Rudy Giuliani, lui-même avocat de Donald Trump, puis à Steve Bannon, proche de l'ex-président américain et figure de l'extrême-droite d'outre-Atlantique. Le contenu aurait ainsi été divulgué, avec une série d'informations compromettantes: contenus pornos, preuves de consommations de drogue et surtout des déclarations fiscales. Un dernier élément sensible puisque Hunter Biden est visé par une enquête pour fraude fiscale.

Sans surprise, les républicains exploitent les déboires du fils de Joe Biden mais le doute subsiste sur la véracité de cette source, surtout au vu du parcours supposé de cet ordinateur entre les mains de proches de Donald Trump. Un journal conservateur, le New York Post, s'intéresse néanmoins à l'affaire et publie des extraits d'e-mails sur le sujet. Ceux-ci tendraient à montrer que Hunter Biden aurait fait des affaires en Ukraine grâce aux contacts de son père. Une nouvelle considérée comme fracassante par les républicains, surtout que cela se passe en octobre 2020, juste avant l'élection présidentielle.

Juste avant, Mark Zuckerberg a été alerté par le FBI de possibles manipulations de la campagne présidentielle par de fausses informations d'origine russe, comme le patron de Facebook l'a confirmé par la suite. Lorsque l'article du New York Post est publié, il est craint que ces informations à l'origine contestée ne soient en réalité issues d'une théorie du complot fallacieuse. En conséquence, Twitter et Facebook bloquent ou limitent la diffusion de la publication du journal. Les équipes de modération de Twitter avaient alors justifié leur décision du fait que des images avec des informations privées et personnelles avaient été publiées, ce qui enfreignait les règles du réseau social. Une justification qualifiée de «pas géniale» par Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, et qui a mené au déblocage de l'article quelques jours plus tard.

Pas grand-chose de nouveau sous le soleil

Aujourd'hui, les «Twitter Files» évoquent spécifiquement ce dernier épisode au sein des bureaux de l'oiseau bleu. Mais au final, Matt Taibbi ne révèle que peu de choses. Il montre surtout la teneur des débats internes à Twitter au moment de cette polémique. On voit ainsi qu'une partie de l'équipe dirigeante s'interroge à ce sujet: faut-il vraiment bloquer l'article du New York Post ou non? Selon le journaliste, la décision finale «a été prise au plus haut niveau de l’entreprise, mais à l’insu du PDG Jack Dorsey». Il montre également des échanges d'e-mails où des hauts responsables du réseau social s'inquiètent de la manière dont Twitter pourrait justifier son choix et assurent qu'il aurait mieux valu d'abord attendre que la lumière soit faite sur la nature réelle des révélations avant de prendre une initiative en la matière.

Un autre volet des «Twitter Files», plus attendu par les républicains, concerne une supposée ingérence politique. Matt Taibbi montre ici qu'une représentante démocrate, Ro Khanna, a demandé la suspension du compte Twitter du porte-parole de la Maison-Blanche de l'époque, Kayleigh McEnany, pour avoir partagé l'article du New York Post. Cette requête a été acceptée (selon l'argument du partage de données personnelles partagées) suite à l'intervention de l'ancienne responsable des affaires juridiques, de la politique et de la confiance de Twitter, Vijaya Gadde.

Cette intervention est-elle condamnable ou pas? Ici, Matt Taibbi se montre prudent puisqu'il rappelle que ce genre d'actions étaient demandées autant par des démocrates que par des républicains. Des interventions qui étaient «monnaie courante», précise-t-il. Le cas de Ro Khanna ne serait donc qu'un exemple parmi tant d'autres. Taibbi affirme seulement que Twitter se serait montré globalement plus bienveillant envers les démocrates, mais n'apporte pas de démonstration supplémentaire pour soutenir cette position.

Des «Twitter Files» qui alimentent surtout les propos de Donald Trump

En résumé, Matt Taibi montre simplement via ses «Twitter Files» que le cas du New York Post a fait débat chez Twitter et cite un exemple d'intervention politique dans cette affaire, bien qu'il s'agisse ici d'une pratique répandue sans couleur politique particulière jusqu'à preuve du contraire. Il n'est pas question ici de l'affaire Hunter Biden en tant que telle, ni d'informations quelconques impliquant Joe Biden. De plus, la source du journaliste pose question. Il ne la cite pas précisément mais selon le journal Le Monde, «il fait peu de doutes qu’ils lui ont été transmis par M. Musk». Or le nouveau patron de Twitter ne fait pas de mystère sur ses affinités avec le camp républicain depuis 2020. Enfin, aucun média indépendant n'a pu vérifier les informations des «Twitter Files».

À lire: Elon Musk a son favori pour l’élection de 2024: comment son vote a évolué au fil du temps

Depuis la publication de Matt Taibbi, Elon Musk monte l'affaire en épingle et affirme que les «Twitter Files» montrent un cas de violation de la liberté d'expression et donc de la Constitution américaine. Les partisans de Donald Trump ont suivi dans la foulée, affirmant que l'ex-président aurait été victime d'un complot à son encontre, bien qu'aucun élément réellement nouveau n'ait été révélé. Donald Trump, lui aussi, a réagi ce week-end. «Est-ce que vous jetez les résultats de l’élection présidentielle de 2020 à la poubelle et déclarez le VAINQUEUR légitime, ou est-ce que vous avez une NOUVELLE ÉLECTION ?», affirme-t-il sur son réseau Truth Social.

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