#BalanceTonYoutubeur: quelles sont les personnalités concernées?

Le nom de Norman Thavaud vient de s'ajouter à une liste de youtubeurs visés par le hashtag #BalanceTonYoutubeur, dont certains sont devant la justice.

Le youtubeur Norman Thavaud
Norman Thavaud le 17 mai 2015 lors du festival de Cannes ©BelgaImage

Coup de tonnerre dans le monde des youtubeurs: ce lundi 5 décembre, Norman Thavaud a été placé en garde à vue pour «viol et corruption de mineurs». Un choc vu la stature de ce vidéaste de 35 ans, fort de ses 12 millions d'abonnés. Mais il ne s'agit ici que du dernier épisode d'une contestation plus large connue sous le hashtag #BalanceTonYoutubeur. Lancée il y a quelques années dans la foulée de #MeToo et de #BalanceTonPorc, elle a continué depuis et concerné toujours plus de personnalités du Youtube francophone, dont certaines emblématiques.

Un tsunami d'accusations parfois sans lendemain

Le hashtag #BalanceTonYoutubeur est véritablement lancé en août 2018, lorsqu'un vidéaste connu de la plateforme, Lucas Hauchard (alias Squeezie), dénonce publiquement les abus de plusieurs hommes de son milieu. «Les YouTubers (y compris ceux qui crient sur tous les toits qu’ils sont féministes) qui profitent de la vulnérabilité psychologique de jeunes abonnées pour obtenir des rapports sexuels, on vous voit», écrivait-il alors sur Twitter en ajoutant «la vérité finit toujours par éclater».

Il ne cite pas de noms mais son message provoque un déclic. En quelques jours, le hashtag devient un des sujets principaux sur Twitter et Le Parisien recueille des témoignages incriminant plusieurs youtubeurs. Des filles mineures accusent par exemple une star de freestyle, WassFreestyle (30 ans et 2 millions d'abonnés), de leur avoir fait des propositions insistantes, avec un langage douteux et suspect. Une autre (âgée de 15 ans à l'époque) vise Anthox Colaboy (29 ans), accusé de profiter de sa célébrité acquise dans la critique de vidéos pour lui demander des images sexuelles. Dans chacun de ces cas, les youtubers concernés n'ont pas donné suite aux demandes de réaction du Parisien. Efkan Kurnaz, de la chaîne From Human to GOD, accusé d'avoir attiré une mineure chez lui, a nié ce qui lui était reproché dans une vidéo publiée postérieurement.

Depuis, d'autres youtubeurs ont été cités via le hashtag. C'est le cas en 2020 de VodK, de son vrai nom Valentin Palun (3,3 millions d'abonnés). Plusieurs internautes ont affirmé qu'il avait lui aussi utilisé sa notoriété pour manipuler des femmes, dont certaines mineures. Idem cette année pour le streameur Amaru avec des faits similaires. Ils ont eux aussi nié. Aucune de ces affirmations n'a abouti sur des poursuites judiciaires et ces affaires ont depuis disparu de la sphère médiatique.

Les premiers cas devant la justice

Pendant de temps, le hashtag est revenu par vagues, voire s'est diversifié avec l'apparition de #BalanceTonTikTokeur et de #BalanceTonInfluenceur. Parfois, la justice finit par intervenir. En 2020, le youtubeur ExperimentBoy (1,16 million d'abonnés) est par exemple accusé de corruption de mineurs, impliquant près d'une dizaine de personnes de 2013 à 2019. Le média français Numerama publie un long article à ce sujet et le vidéaste est visé par une enquête du parquet de Lyon. Il s'agit de la première véritable affaire judiciaire dans le milieu du Youtube français.

Durant l'été 2022, un deuxième youtubeur est visé, et pas des moindres puisqu'il s'agit de Léo Grasset de la chaîne «DirtyBiology», figure tutélaire de la vulgarisation scientifique sur la plateforme avec ses 1,2 millions d'abonnés. Il est alors accusé de harcèlement sexuel par une autre vidéaste, Clothilde Chamussy de la chaîne «Passé sauvage». Sept autres femmes, dont Manon Bril de «C'est une autre histoire», attestent également de violences psychologiques, sexistes et sexuelles. L'affaire fait l'objet d'une enquête de Mediapart et une plainte est déposée par Clothilde Chamussy devant le parquet de Lyon. Fin novembre, une autre plainte a été déposée contre Léo Grasset par une étudiante en journalisme de 22 ans. Elle l'accuse d'un viol remontant à novembre 2021. Le vidéaste conteste les différents faits qui lui sont reprochés et affirme avoir simplement «une vie amoureuse parfois bordélique».

Une affaire Norman qui dure depuis plusieurs années

En ce mois de décembre 2022, Norman Thavaud s'ajoute donc à cette liste de grands vidéastes à être inquiétés par la justice. Avec ses 12 millions d'abonnés, il est le troisième youtubeur français le plus suivi, derrière Squeezie et Cyprien Iov, et fait globalement figure de parrain du Youtube francophone. Cela fait toutefois plusieurs années qu'il est régulièrement visé par des accusations, comme en 2020 quand une fan québécoise, Maggie D., qui affirme avoir été manipulée pour qu'il obtienne des photos dénudées d'elle. Elle soutient avoir déposé une plainte dans son pays. En avril 2021, le média Urbania a publié une enquête où d'autres femmes ont fait des accusations comparables.

À lire: Norman en garde à vue : le témoignage de Maggie, la jeune femme qui a porté plainte

Désormais, Norman Thavaud est visé par une enquête préliminaire pour «viol et corruption de mineurs», comme le confirme le parquet de Paris. Le dossier implique six plaignantes et Maggie D. a confirmé à l'AFP être en France pour être confrontée au youtubeur face aux enquêteurs. Ce mardi 6 décembre, BFMTV précise de source judiciaire que la garde à vue de Norman Thavaud, commencée la veille au matin, a été prolongée.

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