Brexit: une majorité de Britanniques veulent désormais revenir dans l'UE

Alors que le lien entre Brexit et gravité de la crise économique vient d'être officiellement établi, les Britanniques se montrent nostalgiques de l'UE.

Pancartes pro-européennes
Pancartes dénonçant le Brexit à Londres ©BelgaImage

Après le Brexit, l'heure est-elle au «Breturn» (mot-valise combinant les mots «Britain» et de «Return»)? Pour le gouvernement britannique, il n'en est pas question. Pourtant, il s'agit du souhait de la majorité de la population, comme en attestent les sondages. Plus les mois passent et plus l'écart se creuse entre partisans du retour dans l'Union européenne (UE) et défenseurs du Brexit. Un basculement de l'opinion publique qui a lieu alors que des organismes officiels lient de plus en plus la sortie de l'UE avec la gravité de la crise économique outre-Manche.

Les pro-européens désormais loin devant les Brexiters

Cette nostalgie de l'UE ne date pas d'hier. Dès septembre 2017, les sondages ont constamment donné en tête les opposants au Brexit. La Première ministre de l'époque, Theresa May, peinait alors à débloquer les négociations sur le Brexit et le pays enchaînait déjà les crises politiques. Jusqu'à l'entrée en vigueur finale de la sortie de l'UE, il n'y a jamais eu de revirement dans les enquêtes d'opinion.

Lorsque le Brexit est devenu réalité début 2020, les sondages ont changé la formulation de leur question. Ils demandent depuis aux Britanniques s'ils veulent «rester en-dehors» (Stay out) de l'UE ou s'ils veulent y «revenir» (Rejoin). En 2020, le «Stay out» restait généralement en tête, même si déjà cette année-là, certaines enquêtes donnaient le «Rejoin» devant. Puis au cours de l'année 2021, la tendance s'inverse. Fin 2021, la réadhésion à l'UE devient définitivement l'option favorite de la population, selon les agrégateurs de sondages. Une avance qui n'a cessé de se creuser en un an. En novembre 2022, selon l'institut Omnisis, entre 48% et 53% des Britanniques veulent revenir dans l'Union européenne, contre 34-37% pour les fidèles du «Stay out». Un écart inédit! Plus globalement, ce 17 novembre, selon YouGov, 56% des sondés estiment que le pays «a eu tort de quitter l’UE».

Le mauvais bilan du Brexit

Ce désamour du public pour le Brexit a lieu alors que le pays s'enfonce dans une crise politique profonde, avec trois Premiers ministres se succédant en moins de deux mois. Le nouveau chef de gouvernement, Rishi Sunak, un fervent partisan de la sortie de l'UE, doit rattraper les erreurs de ses prédécesseurs. Boris Johnson avait auparavant quitté son poste après de nombreuses polémiques, comme celle du Partygate. Puis Liz Truss a connu le même sort après le retrait de son «mini-budget» qui a déstabilisé l'économie nationale, provoquant même une intervention exceptionnelle de la Banque d'Angleterre. Aujourd'hui, le parti conservateur au pouvoir est aux abois. Si des élections législatives avaient eu lieu en novembre 2022, il aurait eu un retard de 15% à 26% dans les sondages face au parti travailliste qui mène loin devant avec un total de 44-51% des intentions de vote.

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Mais ce qui pèse surtout dans le retour en grâce de l'UE dans le cœur des Britanniques, ce sont les conséquences économiques du Brexit. Car non, la crise outre-Manche n'est pas due qu'au Covid et à la guerre en Ukraine! C'est en tout cas la conclusion de l’Office de responsabilité budgétaire (OBR), un organisme public indépendant. Selon celui-ci, le Brexit «a eu un impact négatif significatif» sur le commerce extérieur britannique, avec des échanges en chute libre de 15 % sur le long terme, ainsi qu'une baisse du niveau de vie de la population de 7 % dans les deux prochaines années.

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D'autres études ont également pointé les effets négatifs du Brexit. Ce 27 novembre, le think thank Nuffield Trust estime par exemple que le Brexit a dissuadé près de 4.000 médecins originaires de l'UE de se rendre au Royaume-Uni. Un manque dommageable au vu des pénuries de personnel au sein des hôpitaux britanniques, alors que le système public de santé (NHS) traverse une grave crise. Plus tôt dans l'année, l'OBR jugeait déjà que la sortie de l'UE a provoqué une telle diminution de la balance migratoire que cela va accentuer la chute démographique et donc le taux d'emploi. Les accords commerciaux entre Londres et certains pays (Japon, Nouvelle-Zélande, etc.) n'auraient amené que des bénéfices trop modestes pour être significatifs, ajoute l'Office, bien que le gouvernement assure du contraire. Si le Royaume-Uni était resté dans l'UE, il aurait eu 4% en plus de productivité. Concrètement, pour les travailleurs britanniques, cela correspond en moyenne à un manque à gagner de 470 livres (550€) sur le salaire annuel, selon une étude de Swati Dhingra, professeure à la London School of Economics.

À cela, il faut ajouter une autre conséquence du Brexit: l'Écosse demande à nouveau l'organisation d'un référendum sur son indépendance. Une requête refusée par Londres, seule à pouvoir donner son feu vert en la matière. En août dernier, un sondage LucidTalk a même établi que 52% Nord-Irlandais voteraient pour la réunification avec Dublin si un référendum était organisé d'ici 15-20 ans (41% voteraient dès aujourd'hui pour), un résultat inédit. Bref, le pays risque d'éclater.

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Un stand-by politique

Au vu de toutes ces conclusions, le débat sur le Brexit ne se dégonfle pas outre-Manche. Face aux critiques d'une majorité de la population et de ces études, le gouvernement conservateur tente de défendre des bienfaits supposés du Brexit. Rishi Sunak affirme par exemple que les accords actuels «peuvent apporter des bénéfices énormes au pays», mais il peine à convaincre. Le 20 novembre, le Sunday Times a révélé que le gouvernement britannique avait manifestement voulu renégocier un «accord à la Suisse» avec l'UE. Problème: Bruxelles rencontre déjà beaucoup de difficultés à avancer dans ses relations avec Berne et ne devrait a priori se lancer dans une aventure similaire avec Londres. Downing Street est donc en stand-by.

Paradoxalement, l'opposition travailliste ne propose pas grand-chose de plus. Elle aussi veut renégocier avec l'UE, sans faire d'autres déclarations à ce sujet. Les Libéraux démocrates, centristes et pro-européens, demandent quant à eux de revenir dans le marché unique de l'UE, en plus d'une série d'autres mesures (reprise du programme Erasmus, accord sur l'établissement permanent d'Européens au Royaume-Uni, renforcement de la présence britannique à Bruxelles ou encore coopération accrue pour la prise en charge des demandeurs d'asile).

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