Elon Musk a son favori pour l'élection de 2024: comment son vote a évolué au fil du temps

Anciennement libéral, Elon Musk a opéré un virage à droite ces dernières années après plusieurs confrontations avec les démocrates.

Elon Musk en Californie
Elon Musk, le 21 novembre 2019 à Hawthorne (Californie) ©BelgaImage

Il y a une semaine, la décision d'Elon Musk était prise: oui, il a bien rétabli le compte Twitter de Donald Trump. Un traitement de faveur qui pourrait être perçu comme une adhésion du patron de Tesla au trumpisme. Et pourtant, ce 26 novembre, ce n'est pas lui qu'il soutiendra publiquement pour la prochaine élection présidentielle. Ce 26 novembre 2022, il a répondu à un internaute républicain lui demandant «Soutiendriez-vous Ron DeSantis en 2024?». «Oui», réplique tout simplement le fondateur de SpaceX. Elon Musk confirme ainsi son attirance pour le parti à l'éléphant. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. En huit ans, il fait même plutôt figure de véritable girouette politique.

Élevé dans un milieu libéral et anti-apartheid

Jusqu'en 2002, Elon Musk ne pouvait pas voter aux États-Unis pour la simple et bonne raison qu'il n'était pas américain. Il est en effet né dans une riche famille d'Afrique du Sud, où il a passé toute son enfance. Une jeunesse parmi l'élite blanche et pourtant, son père, Errol, était un élu du parti progressiste à Pretoria, la capitale administrative du pays. Cette formation libérale était connue pour ses positions anti-apartheid, ce qui la classait à la gauche des partis blancs. Interrogé par le New York Times, Errol affirmait que ses enfants, Elon compris, savaient depuis leur plus jeune âge que l'apartheid était un système contestable, bien qu'ils aient grandi dans un milieu où la propagande antinoire était omniprésente.

À 10 ans, les parents d'Elon se séparent et leur relation tendue l'oblige à suivre tantôt sa mère à Durban, tantôt son père à Pretoria, sans compter une scolarité à l'école Bryanston High de Johannesburg où il sera victime de harcèlement. Une période compliquée qui l'amène à intégrer le campus scolaire de Pretoria Boys. Un de ses camarades de classe dans la capitale, M. Beney, a affirmé qu'il s'y était imprégné de l'idéologie de l'école. «Je pense que ses idées sur la liberté d'expression sont libérales très classiques et non nuancées», affirme-t-il au quotidien new-yorkais.

Visiblement peu attaché à son pays natal, Elon Musk part ensuite pour le Canada, là où est née sa mère, juste après avoir été diplômé des Pretoria Boys. Il arrive à l'Université Queen's, en Ontario, mais son vrai but, c'est de partir aux États-Unis. Après deux ans, il réussit à faire de son rêve une réalité et débarque à l'Université de Pennsylvanie. Ses stages de fin d'études l'amènent dans la Silicon Valley, près de San Francisco, pile pendant la bulle Internet. Inspiré, c'est là qu'il s'installera une fois diplômé, afin de surfer sur cette vague qui fera de lui l'homme d'affaires que l'on connaît aujourd'hui.

Un ancien démocrate devenu très critique des libéraux

Devenu milliardaire grâce à SpaceX et Tesla, il s'est à de multiples reprises exprimé sur ses affinités politiques. Il affirme avoir voté pour Hillary Clinton en 2016 et soutenu le candidat Andrew Yang lors des primaires démocrates de 2020. Il a ensuite déclaré avoir voté pour Joe Biden en novembre 2020. Il semblait donc plus proche des libéraux que des conservateurs, du moins à cette époque-là.

Ces dernières années, Elon Musk s'est toutefois progressivement éloigné des libéraux. En 2020, il fait un premier pas vers la droite en soutenant brièvement la candidature de Kanye West. Il a ensuite vilipendé les restrictions sanitaires liées au coronavirus et qui impactaient fortement la production de ses usines. Une politique anti-Covid qui l'a incité à déplacer en 2021 le siège social de Tesla de Palo Alto (Californie) à Austin (Texas). Juste avant, en 2020, il avait déjà transféré son propre domicile de la Californie vers le Texas, un bastion des conservateurs. Pour expliquer ce changement, il affirmait que l'État californien, dirigé par les démocrates, était devenu un obstacle à son succès économique.

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Autre objet de contentieux entre Elon Musk et démocrates: la volonté de certains membres du parti de créer une taxe sur les milliardaires. Il s'oppose par exemple violemment à Bernie Sanders en 2021. Il critique également de plus en plus clairement la politique de modération de Twitter qui, suite à l'invasion du Capitole, a supprimé les comptes de nombreux conservateurs, dont Donald Trump. Au fil du temps se dessine alors le rachat du réseau social dans le but de renverser la tendance. Un objectif qui s'est réalisé ces dernières semaines.

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L'adhésion au clan républicain

Loin de se contenter de critiquer les démocrates, Elon Musk montre aussi de plus en plus clairement son soutien direct aux républicains. En 2021, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, affirme que le patron de Tesla «aime les politiques sociales» de son État, qui opérait alors un durcissement de sa loi sur l'accès à l'avortement. Il s'est également montré très proche de Kevin McCarthy, qui devrait devenir le prochain président de la Chambre des représentants.

Cette année, l'homme d'affaires a continué son virage conservateur. Il affirme d'abord ne plus pouvoir soutenir les démocrates, qui représenteraient selon lui «le parti de la division et de la haine». Dans un tweet, il encourage les «électeurs indépendants d'esprit» à voter républicain lors des Midterms de 2022. Enfin, aujourd'hui, il confirme sa nouvelle couleur politique en soutenant le principal rival de Donald Trump à la primaire républicaine, le gouverneur de Floride Ron DeSantis. Selon les derniers sondages, l'ex-président reste devant lui, sauf s'ils se retrouvent en face à face, sans candidats supplémentaires. Deux sondages publiés en novembre donnent alors Ron DeSantis à 42-45%, contre 35-42% pour Donald Trump.

Ce revirement politique d'Elon Musk est-il surtout le fait d'un choix pragmatique, lié à ses intérêts économiques, ou s'agit-il d'un réel changement idéologique? Dans tous les cas, son changement de comportement a aussi des conséquences au sein de sa propre famille. En juin dernier, il s'est avéré que un de ses enfants, né sous le nom de Xavier Alexander Musk, voulait changer de genre et abandonner non seulement son prénom mais aussi son nom. Elle s'appelle désormais Vivian Jenna Wilson. «Je ne veux plus être associée à mon père sous quelque forme que ce soit», affirmait-elle. En octobre, Elon Musk a affirmé au Financial Times que l'éloignement de sa fille était dû à des «néo-marxistes» de son milieu scolaire, en reprenant le lexique populaire au sein du parti républicain.

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