L’Iran a-t-il vraiment condamné à mort 15.000 manifestants?

Largement relayée sur les réseaux sociaux, l'information sur les 15.000 Iraniens condamnés à mort est en réalité le fruit du mélange de plusieurs faits.

Manifestante contre le régime iranien
Une manifestante protestant contre le régime iranien suite à la mort de Mahsa Amini, le 24 octobre 2022 à Istanbul ©BelgaImage

Le chiffre fait froid dans le dos et se répand à vive allure sur les réseaux sociaux: l’Iran viendrait de "condamner à mort 15.000 manifestants", alors que le pays est toujours ébranlé par l’affaire Mahsa Amini. Plusieurs personnalités ont cité cette information, comme l’économiste Jacques Attali, l’eurodéputée écologiste Karima Delli, l’actrice Sophie Turner et même le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Depuis, ces derniers ont bien souvent supprimé leurs publications. Pour cause: cette rumeur n’est tout simplement pas vraie! Elle est en fait le fruit de la confusion entre plusieurs chiffres, bien réels cette fois.

Trois informations mélangées

L’information a notamment été démentie par le site de vérification Politifact, gérée par l’école américaine de journalisme "Poynter Institute for Media Studies". Tout d’abord, il y a eu effectivement une condamnation à mort édictée par un tribunal iranien, mais elle ne concernait qu’une seule personne. Elle est accusée d’avoir incendié un bâtiment gouvernemental. Selon la Deutsche Welle, il s’agirait d’un adolescent de 17 ans qui a mis le feu à une poubelle.

Le chiffre de 15.000 tiendrait quant à lui sa source du fait que l’ONU a annoncé que plus de 14.000 manifestants ont été arrêtés en Iran depuis le début de la contestation en septembre. Un montant que ne confirment pas les autorités iraniennes.

À lire: Mort de Mahsa Amini en Iran : retour sur six semaines de protestations

Enfin, 227 des 290 parlementaires iraniens ont appelé le pouvoir judiciaire à envisager des sanctions sévères contre les manifestants arrêtés (sans que cela ne constitue une obligation légale faite envers les tribunaux). Ils écrivent qu’il faudrait "traiter comme les [terroristes] de Daech ceux qui ont fait la guerre [contre le régime islamique] et ont attaqué la vie et les biens des gens, d’une manière qui servirait de bonne leçon, dans les délais les plus courts possible". Une punition "prouvera à tous que la vie, les biens, la sécurité et l’honneur de notre cher peuple constituent une ligne rouge pour ce régime [islamique], et qu’il ne fera preuve d’aucune indulgence envers quiconque à cet égard", ajoutent-ils.

Une confusion mais aussi de véritables inquiétudes

La publication circulant aujourd’hui sur les réseaux sociaux serait donc un méli-mélo de ces trois différentes informations. Un article de Newsweek, publié le 10 novembre, a pu entretenir le quiproquo en déclarant que "les manifestants iraniens refusent de reculer alors que 15.000 personnes risquent l’exécution". Un raccourci qui a été corrigée depuis mais trop tard pour empêcher que les réseaux sociaux s’emballent.

À lire: Iran: quel avenir pour les manifestants et le régime?

Interrogé par le service CheckNews du journal Libération, le directeur de l’ONG Iran Human Rights, Mahmood Amiry-Moghaddam, confirme l’analyse de Politifact. Il ajoute toutefois que si pour l’instant, il n’y a eu officiellement qu’une condamnation à mort et 20 mises en accusation passibles de la peine de mort, "nous pensons que ces nombres peuvent être plus élevés". Son ONG s’inquiète également de la lettre des parlementaires iraniens, tout comme un comité d’experts des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui s’est insurgée contre cette "violation flagrante de la séparation des pouvoirs" dans un communiqué.

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