Élections au Brésil : pourquoi la transition entre Bolsonaro et Lula s’annonce tendue

Le résultat est tombé cette nuit, le Brésil s’est prononcé et son futur président sera de gauche. Luiz Inácio Lula da Silva se retrouve à la tête du plus grand pays d’Amérique Latine. Mais celui-ci est plus divisé que jamais.

Lula Gagnant
© Belga Image

Il s’en est fallu de peu. De très peu. Mais Lula a bel et bien gagné les élections présidentielles brésiliennes. 50,9% de voix en sa faveur contre 49,1% de voix pour le président sortant Jair Bolsonaro dont le mandat a été marqué par l’augmentation des inégalités, une déforestation record de la forêt amazonienne et une gestion de la pandémie décriée. Seulement deux petits pourcents les sépare. Jamais les élections n’avaient été si serrées au Brésil.

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Pour le futur président, qui ne prendra position officiellement que dans deux mois, l’heure est à l’unité. " Personne ne veut vivre dans un pays divisé, en état de guerre perpétuelle. Ce pays a besoin de paix et d’unité. (…) Il n’y a pas deux Brésil, nous sommes un seul peuple, une seule nation ", a-t-il martelé.

Mais au vu du résultat si serré, rien n’est moins sûr. C’est ce que rappelle Sébastien Antoine, sociologue et professeur invité à l’Université de Pernambuco (état d’origine du président Lula) au micro de la Première ce matin : " Refaire l’unité du pays, comme le promet Lula, sera compliqué. Il faut bien se rendre compte que les personnes qui célébraient dans la rue aujourd’hui ne représentent que la moitié de la population. Et au vu du contexte général qui a entouré les élections, on peut dire que l’autre moitié du pays à vraiment voté contre lui. " explique-t-il.

En effet, la course à la présidentielle brésilienne a été pavée d’embûches et de détours. Se transformant petit à petit en une bataille d’égo, un face-à-face clivant entre la gauche et la droite, entre Lula et Bolsonaro. " Finalement, les électeurs ont plus voté contre un candidat car par soutient total au programme défendu " continue Sebastien Antoine.

Une période cruciale

Face à ce constat, Lula va devoir convaincre près de 58 millions d’électeurs et composer avec un parlement fondamentalement ancré à droite. Entrant au pouvoir dans deux mois, ces 60 jours vont s’avérer cruciaux et déterminants. Lula va devoir négocier et entamer des grandes alliances pour parvenir à ses fins et réussir à remplir ses promesses.

En effet, le chantier face à lui est gigantesque. Celui qui a fait de la crise sociale le cœur de son discours ainsi que le retour de l’engagement climatique du Brésil a une lourde tâche à remplir et une grande partie de ses résultats dépendra du camp de Bolsonaro qui n’a, à l’heure actuelle, toujours pas reconnu sa défaite.

Un silence qui n’augure rien de bon

" Dans n’importe quel pays au monde, le candidat défait m’aurait déjà appelé pour reconnaître sa défaite. Il ne m’a toujours pas appelé, je ne sais pas s’il va appeler ", a déclaré Lula. " J’aimerais bien être juste heureux, mais je suis moitié heureux, moitié inquiet ", a-t-il insisté.

C’est que beaucoup craignent une réplique brésilienne de l’assaut du Capitole après la défaite de Trump. Cette attaque pour viser la Cour Suprême notamment, qui a été bien souvent la cible des critiques les plus acerbes du président sortant Bolsonaro.

De plus, le silence de ce dernier détonne au vu de son omniprésence sur les réseaux sociaux, Twitter en tête, sans oublier qu’il a plusieurs fois laissé entendre que si il perdait les élections, c’est qu’il y avait fraude et donc ne reconnaitrait pas le résultat…

La droite brisée

Et dans la rue, alors que la gauche célèbre, l’autre moitié du pays désespère. Attend, inlassablement que leur président se manifeste. Et la colère, tout comme la tristesse domine. Une habitante en colère témoigne au micro de Anne Vigna : " On est indigné parce que l’élection a été injuste et sale comme tout ce que fait le parti des travailleurs. On va se tourner vers la justice et il est certain que le peuple ne va pas l’accepter (Lula, ndlr.) On ne peut pas l’accepter. Que Dieu nous bénisse et nous aide et si possible qu’une intervention militaire vienne pour mettre de l’ordre dans ce désordre ", dit-elle.

Un peu plus loin, c’est un homme qui éclate en sanglots lorsque l’annonce de la gauche victorieuse est faite : " Je suis triste. Nous sommes des chrétiens conservateurs. On ne mérite pas ça. On veut juste pouvoir travailler et être libre. Je défends l’Italie et la Suède. Et je prie pour le Brésil ", termine-t-il, des sanglots dans la voix.

Avec près de 33 millions de Brésiliens affectés par la faim, un taux de pauvreté flirtant avec les 30% et une inflation galopante, le défi que s’apprête à relever Lula est de taille.

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