Mort de Mahsa Amini en Iran : retour sur six semaines de protestations

En Iran, les protestations entrent dans leur 6e semaine.

Mort de Mahsa Amini en Iran : retour sur six semaines de protestations
Une manifestation contre la répression iranienne © Belga Image

Les commerçants et ouvriers dans plusieurs villes d’Iran ont organisé des grèves ce samedi sur fond de protestations déclenchées il y a plus d’un mois par la mort de la jeune Kurde iranienne Mahsa Amini après son arrestation, selon des ONG.

De nouvelles manifestations ont également eu lieu, mais il est difficile d’en évaluer l’ampleur en raison des restrictions d’accès à Internet imposées par les autorités. Les autorités iraniennes affirment quant à elle que les " émeutes " connaissent leurs " derniers jours ". Le vice-ministre de l’Intérieur Majid Mirahmadi a ainsi indiqué qu’il y avait " de moins en moins de gens " aux rassemblements dans les universités.

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Mort de Mahsa Amini

" Chère Mahsa, ton nom va devenir un symbole ", proclamait dimanche 18 septembre, sous la photo de sa tombe, la une du journal économique Asia, comme une grande partie de la presse iranienne choquée par la mort de la jeune femme arrêtée par la police des mœurs.

Cette unité de police, chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, dont le port obligatoire du foulard en public, a été plusieurs fois critiquée ces derniers mois pour des interventions violentes.

Mort de Mahsa Amini en Iran : retour sur six semaines de protestations

Mahsa Amini © Belga Image

Originaire de la région du Kurdistan, Mahsa Amini, âgée de 22 ans, a été arrêtée mardi 13 septembre alors qu’elle était à Téhéran en visite avec sa famille. Elle est décédée le vendredi suivant à l’hôpital après trois jours dans le coma.

Le jeudi avant sa mort, la police de Téhéran avait indiqué qu’elle avait été arrêtée avec d’autres femmes pour recevoir des " instructions " sur les règles vestimentaires. " Elle a soudainement souffert d’un problème cardiaque (…) et a été immédiatement transportée à l’hôpital. "

" Malheureusement, elle est morte et son corps a été transféré à l’institut médicolégal ", a par la suite indiqué la télévision d’Etat iranienne. La jeune femme a été inhumée le 17 septembre dans sa ville natale, Saghez, où des habitants en colère ont jeté des pierres contre le siège du gouverneur et crié des slogans hostiles aux autorités. Le dimanche, la quasi-totalité de la presse consacrait leur une et des pages entières à ce drame.

La colère monte

La mort de la jeune femme de 22 ans a déclenché une vague de protestations en Iran. Les protestations ont été déclenchées le 16 septembre, le jour du décès de Mahsa Amini, trois jours après son arrestation à Téhéran pour " port de vêtements inapproprié " et non-respect du strict code vestimentaire pour les femmes en République islamique d’Iran.

Elles sont les plus importantes depuis les protestations de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence, en pleine crise économique, qui avaient touché une centaine de villes en Iran et été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnesty International).

Répressions

Après 9 jours de manifestations, le président Ebrahim Raïssi a appelé les forces de l’ordre à agir " fermement " contre les manifestants.

Les autorités nient toute implication dans la mort de Mahsa Amini. Qualifiant les protestations " d’émeutes ", M. Raïssi, un ultraconservateur, a appelé " les autorités concernées à agir fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et la paix du pays et du peuple ".

Fin septembre, plus de 700 personnes avaient déjà été arrêtées. Le ministre iranien de l’Intérieur Ahmad Vahidi a appelé à poursuivre en justice " les principaux auteurs et meneurs des émeutes ".

A la mi-octobre, les juges en Iran ont reçu pour consigne de ne pas prononcer des peines " faibles " pour les " principaux éléments des émeutes "

Un lourd bilan

Plus de 40 organisations de défense des droits humains ont dénoncé la répression meurtrière en Iran contre les manifestations en cours. Le 17 octobre, le bilan était de 122 morts depuis le début des manifestations, selon l’ONG IHR.

Les ONG ont exprimé " leurs vives préoccupations " face à " la machine de répression déployée par les autorités iraniennes pour sévir " contre le mouvement de contestation.

Les ONG signataires affirment détenir des preuves montrant que les forces de sécurité iraniennes ont " délibérément fait usage de tirs à balles réelles et de billes de plomb contre des manifestants, y compris des enfants ".

Le 14 octobre, Amnesty a déploré la mort d’au moins 23 enfants " tués par les forces de sécurité iraniennes ".

Les groupes ont appelé le Conseil des droits de l’homme de l’ONU " à agir d’urgence en tenant une séance extraordinaire et (…) mettre en place un mécanisme indépendant d’enquête " pour " traiter les crimes les plus graves au regard du droit international et autres violations des droits humains ".

" Sans une action collective de la part de la communauté internationale (…) d’innombrables hommes, femmes et enfants risquent d’être tués, torturés ou arrêtés et les éléments de preuves faisant état de crimes graves risquent de disparaître ", écrivent les ONG.

Réactions internationales

À l’étranger, des manifestations soutenant le mouvement en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays comme au Canada, aux États-Unis, au Chili, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Irak, pays voisin de l’Iran.

A Bruxelles, quelque 2000 personnes ont défilé dans les rues le samedi 1er octobre pour protester contre le régime iranien. En tête du rassemblement se trouvait un groupe important de femmes et l’action a attiré des personnes de tous âges. Celles-ci crient des messages contre le régime iranien, ainsi que des slogans tels que " Mon corps, mon choix " et " Femme, vie, liberté ". Une deuxième manifestation s’est déroulée dans la capitale le 15 octobre, rassemblant quelque 1.200 personnes.

 

De nombreuses actrices et chanteuses se sont également coupé une mèche de cheveux en solidarité avec la lutte des femmes iraniennes.

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Après le Canada et les États-Unis, l’Union européenne a dit début octobre vouloir sanctionner par des " mesures restrictives " le " meurtre de Mahsa Amini et la façon dont les forces de sécurité iraniennes ont réagi aux manifestations ".

Le 17 octobre, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont ajouté 15 noms à la liste de personnes et entités sanctionnées en rapport avec des violations des droits de l’homme en Iran. Ces sanctions consistent en un gel des avoirs situés dans l’UE et des financements venant de l’UE, et une interdiction d’entrer sur le territoire européen.

Joe Biden s’est quant à lui dit " sidéré " par les manifestations en cours dans le pays : " Nous sommes aux côtés des citoyens, des courageuses femmes d’Iran ", a-t-il déclaré mi-octobre.

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