"Chaos électrique": la nouvelle stratégie russe en Ukraine pour gagner la bataille de l’hiver

Depuis quelques jours, les bombardements russes ciblent massivement les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Des restrictions d’électricité frappent désormais tout le pays.

«Chaos électrique»: la nouvelle stratégie russe en Ukraine pour gagner la bataille de l’hiver
La centrale nucléaire de Zaporijia tombée aux mains des russes @BELGAIMAGE

Viser des installations électriques civiles ? Du côté du Kremlin, on assume :"les forces armées russes ont continué de frapper avec des armes aériennes et maritimes de haute précision et à longue portée le commandement militaire et les systèmes énergétiques d’Ukraine", expliquait mardi le ministère russe de la défense, assurant que "toutes les cibles ont été touchées".

Depuis octobre, la Russie a tiré de nombreuses salves de missiles de croisières et lâché des centaines de drones kamikazes de fabrication iranienne sur les centrales électriques de l’Ukraine. Conséquence : "30% des centrales électriques ukrainiennes" ont été détruites, selon les chiffres avancés par le président Volodymyr Zelensky.

Et une partie du pays s’est retrouvée dans le noir ; ces dix derniers jours, jusqu’à 4.000 communes ont été frappées par des coupures de courant plus ou moins importantes. Pour la première depuis le début de la guerre, l’Ukraine a dû se résoudre à introduire des restrictions dans toutes les régions.

Systématiques depuis l’arrivée de Sourovikine

"Cela aurait dû être fait dès le premier jour, pas après huit mois", a réagi auprès de l’AFP Alexander Khramchikhine, analyste militaire basé à Moscou. Selon lui, "l’avantage de ce genre d’approche est qu’elle paralyse à la fois l’économie et, dans une large mesure, les forces armées".

Ces attaques contre les installations énergétiques sont devenues systématiques depuis l’arrivée à la tête du commandement militaire russe de Sergueï Sourovikine, le 8 octobre. Un général impitoyable qui ne s’est pas particulièrement fait connaître pour ses préoccupations en faveur des civils en Tchétchénie ou en Syrie, où il a officié pour le Kremlin.

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À l’approche de l’hiver, la stratégie russe semble donc de saper le moral des habitants en multipliant les coupures de courant. Les frappes russes visent "à créer le plus de problèmes d’électricité et de chauffage que possible pour l’Ukraine cet automne et cet hiver et à inciter le plus d’Ukrainiens que possible à se rendre" en Europe, a ainsi jugé Zelensky.

"Chaque kilowatt économisé", une arme contre l’ennemi

Pour l’Ukraine, tout l’enjeu sera donc de maintenir la stabilité du système d’alimentation, en déployant 24h/24 des équipes de techniciens et en encourageant la population à diminuer sa consommation électrique. "Chaque kilowatt économisé est une arme contre les plans de l’ennemi", expliquent les autorités.

De quoi tenir, même en cas d’hiver glacial ?"Les réductions peuvent compenser un peu, tant qu’on n’entre pas dans des niveaux de consommation hivernaux, balisait pour Franceinfo Angélique Palle, chercheuse à l’Irsem, spécialiste en énergie et environnement. Cela dépend beaucoup de la capacité de la population à résister au froid, à avoir accès à cette information". "Il existe un scénario pessimiste, avec des effondrements en cascade, dans lequel il est impossible de redémarrer le réseau, faute d’infrastructures", ajoutait la chercheuse.

Pour l’expert ukrainien Mykola Bielieskov, il est toutefois difficile de prévoir si cette stratégie aura un impact sur le rapport de force sur le front de la guerre. "Cela dépend[ra] de l’intensité des frappes et des contre-mesures (ukrainiennes)", disait-il à l’AFP. "La situation sur le front est particulièrement défavorable aux Russes, donc ils ont recours à une approche asymétrique".

Après avoir été repoussée devant Kharkiv, deuxième plus grande ville d’Ukraine, l’armée russe enregistre en effet ces dernières semaines plusieurs revers, et a été contrainte d’abandonner de nombreuses villes conquises au sud et au nord-est.

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