Iran: premières critiques envers le régime au sein de la presse nationale

Si les médias iraniens ont fait bloc autour du régime, cette unité est désormais en train de se briser alors qu'apparaissent les premières critiques.

Une du journal Etemad
Le journal Etemad du 18 septembre 2022, avec un reportage sur la mort de Mahsa Amini ©BelgaImage

Le quotidien iranien réformateur Etemad a appelé jeudi les autorités à respecter la liberté de la presse et mettre fin aux arrestations conduites "parfois sous de faux prétextes", près d’un mois après le début de manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini.

Des libertés "perdues une par une"

Une vague de protestations secoue l’Iran depuis le décès de cette Kurde iranienne de 22 ans morte le 16 septembre, trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran pour avoir, selon celle-ci, enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, prévoyant notamment le port du voile. Des dizaines de personnes ont été tuées, essentiellement parmi les manifestants mais aussi les forces de sécurité, et des centaines d’autres ont été arrêtées. Des ONG basées à l’étranger affirment que des journalistes ont été interpellés.

"Ne les laissez pas arrêter des journalistes, des jeunes, des étudiants, parfois sous de faux prétextes", a demandé Elias Hazrati, directeur d’Etemad, dans une lettre adressée au secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Shamkhani. "La liberté de la presse, des élections libres, un environnement politique, social et universitaire libre, la liberté d’expression, étaient des caractéristiques essentielles de la République islamique, que nous perdons une par une", a-t-il regretté. "Agissez urgemment avant qu’il ne soit trop tard", a-t-il mis en garde. "Faites pression sur Irib (la radio-télévision d’Etat, ndlr) pour qu’elle se fasse l’écho d’autres voix", a-t-il encore écrit, estimant que c’était la "faute" des autorités si les Iraniens s’informaient auprès de médias en persan basés à l’étranger, considérés comme "ennemis" par les autorités. "La seule solution est le dialogue", a-t-il estimé. "Toutes les factions et toutes les générations doivent se parler". Le régime iranien a accusé ses ennemis, les États-Unis et Israël, d’avoir fomenté la contestation.

À lire: le JT de la télévision d’État iranienne piraté par des promanifestations

Ce mercredi, The Guardian a fait savoir que les critiques envers le régime iranien commençaient également à se faire entendre au sein même des cercles du pouvoir. L’ex-président du Parlement iranien Ali Larijani s’est ainsi opposé aux "mesures rigides" des forces de l’ordre pour soumettre les protestataires. Il estime aussi que la police ne devrait plus contrôler le port du hijab.

Sur le même sujet
Plus d'actualité